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Dennis ryan
Columnist
Ryan Dennis's latest book, Barn Gothic: Three Generations and the Death of the Family Dairy Farm,...

Un peu partout, Noël se fête différemment. Cela dit, la plupart des Noël nord-américains ont en commun les trois choses suivantes : un jambon, un oncle pompette et un échange de cadeaux. Les plus chanceux auront peut-être droit à une fête de bureau ponctuée des derniers potins. Parmi les lecteurs de cette chronique, nombreux sont ceux qui seraient sans doute ravis de ne pas avoir à traire leurs vaches ce jour-là, même si beaucoup le feront.

Certaines fêtes, quant à elles, ont des origines pour le moins douteuses. La fête du Travail commémore une grève sanglante de 1894; l'Halloween était destinée à éloigner les esprits des morts et, avant que les boutiques de cartes de souhaits ne s'en emparent, la Saint-Valentin honorait à l'origine au moins un des nombreux martyrs portant ce nom. Il n'en va pas de même pour Noël.

Depuis ses origines, Noël, c'est rock'n'roll!

De nombreuses coutumes typiques de Noël ou du 25 décembre remontent aux Saturnales romaines. Saturne, dieu de l'agriculture et du temps, était une figure importante de la mythologie romaine. Comme une bonne récolte était essentielle à la survie, tenter de l'apaiser était indispensable. On croyait que Saturne régnait sur le monde durant un mythique « âge d'or » de l'humanité et les festivités des Saturnales cherchaient à refléter cette époque légendaire. Dans ce contexte, la table était mise pour que les gens fassent la fête, comme le chantait Prince, like it was 1999 – avant Jésus-Christ, bien sûr!

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À l'origine, soit à l'époque de la République romaine tardive (133-131 avant J.-C.), les Saturnales se déroulaient le 17 décembre et duraient une semaine. Bien qu'il soit difficile de déterminer l'origine de cette tradition, elle fut largement pratiquée pendant la majeure partie de l'histoire de l'Empire romain. La journée commençait par le sacrifice d'un porcelet au temple de Saturne. Puis, la statue du dieu était de coutume attachée à ses pieds avec de la laine. Ce n'est qu'une fois cette laine retirée et Saturne libéré que les célébrations commençaient.

Comme c'est le cas de nos jours, les écoles et les commerces étaient fermés alors que la ville prenait une atmosphère de carnaval. Les maisons étaient décorées de guirlandes et couronnes vertes, des bougies étaient allumées et parents et amis échangeaient des cadeaux. Chose fascinante, pendant les Saturnales, les normes sociales étaient remises en question. Les esclaves étaient autorisés à manger à la même table que leurs maîtres et, parfois même, ce sont ces derniers qui servaient les esclaves. À cette occasion, les jeux d'argent étaient permis et, plutôt que de désapprouver les réjouissances et les beuveries, celles-ci étaient au contraire encouragées. Le Saturnalicius princeps, ou « Seigneur du désordre », était choisi parmi les membres inférieurs de la famille et sa responsabilité était de semer le chaos pendant les célébrations.

Selon les experts, ce n'est pas un hasard si notre Noël ressemble aux Saturnales – surtout en supposant que notre oncle pompette joue le rôle du Seigneur du désordre. Avec le temps, les Romains se christianisèrent davantage. Au IVe siècle après J.-C., l'Église consacra le 25 décembre comme date de naissance de Jésus, même si certains chercheurs pensent qu'il est plus probable qu'il soit né au printemps. On a déduit que l'Église avait fixé Noël à la même période de l'année que les Saturnales afin de reprendre des coutumes préexistantes et de faciliter la transition des païens vers le christianisme. Voilà pourquoi, des siècles plus tard, nous perpétuons certaines des traditions romaines.

Par ailleurs, l'expansion romaine à travers le monde s'accompagna de diverses coutumes issues des Saturnales. Au Moyen Âge, la période de Noël était encore marquée par de grandes indulgences. À cette époque, un garçon était élu « évêque d'un jour » en France et en Suisse, à l'instar des inversions de rôles pratiquées durant l'Antiquité. Plus tard, au début de la Renaissance, de nombreuses villes d'Angleterre élisaient leur propre Seigneur du désordre lors d'une cérémonie qui avait généralement lieu le dimanche de l'Épiphanie. Dans d'autres pays d'Europe occidentale, un haricot sec, une pièce de monnaie ou un jeton était dissimulé dans un gâteau et la personne qui retrouvait l'objet dans sa part était alors coiffée du titre de roi ou reine de la fève. Ces coutumes ont perduré dans toute l'Europe jusqu'à la Réforme protestante, à partir de laquelle elles furent jugées trop catholiques. La tradition du Seigneur du désordre, par exemple, a été interdite par les Puritains, en conséquence de quoi elle n'a jamais atteint l'Amérique du Nord [NDLR : à l'exception du Canada français catholique où la fête des Rois est encore célébrée en janvier dans certaines familles].

Il est important de respecter l'histoire et d'honorer notre passé et, ce Noël, c'est exactement ce que vous ferez en mangeant un peu trop de desserts ou en buvant un peu trop de caribou! Après tout, c'est ainsi que cette fête a été conçue à l'origine. Plus important encore, vous contribuerez à la reconnaissance du caractère essentiel de l'agriculture, de laquelle dépend notre réussite collective. Bref, profiter de Noël est non seulement la bonne façon de terminer l'année; c'est aussi une bonne pratique agricole.

Que Saturne nous soit favorable en 2026!