Lorsqu'on visite différentes entreprises, cette question revient souvent. Certaines semblent toujours un peu mieux préparées. Elles s'adaptent plus rapidement, traversent les périodes difficiles avec davantage de confiance et paraissent prêtes lorsque les occasions se présentent.

Dallaire veronique
Directrice Ventes et marketing / Aleop

Pourtant, elles ne sont pas nécessairement les plus grosses. Elles ne disposent pas toujours des bâtiments les plus récents et elles n'ont certainement pas une recette secrète.

Alors, qu'est-ce qui fait la différence? Ce ne sont généralement pas de grands coups d'éclat, mais plutôt quelques habitudes qui, répétées année après année, finissent par créer un véritable avantage.

Les résultats arrivent rarement par surprise

À la ferme, des dizaines de décisions sont prises chaque jour. Certaines reposent sur l'expérience. D'autres sur l'observation. D'autres encore sur l'intuition. Et avec raison.

Mais les producteurs qui gardent une longueur d'avance ont généralement une autre habitude : ils prennent régulièrement le temps de vérifier si ce qu'ils observent sur le terrain se reflète réellement dans leurs résultats.

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Pas seulement une fois par année. Plus régulièrement. Parce qu'il est plus facile de corriger la trajectoire lorsqu'on constate rapidement qu'un élément évolue moins bien que prévu.

Prenons un exemple. Ou plutôt trois. Le coût d'un aliment grimpe de quelques cents par kilogramme. Une réparation prend une heure de plus que prévu. Un employé fait un peu plus d'heures supplémentaires pendant les récoltes. Pris séparément, ces écarts semblent mineurs. Mais, à la fin de l'année, ils peuvent représenter plusieurs milliers de dollars.

Attendre plusieurs mois avant de faire le point, c'est un peu comme conduire regardant principalement dans le rétroviseur. On finit par voir où l’on est passé... mais parfois un peu tard pour corriger la trajectoire.

L’expérience demeure un atout immense. Mais lorsqu’elle est appuyée par des résultats concrets, elle permet souvent de prendre des décisions avec encore plus de confiance.

Les petites corrections valent souvent mieux que les grandes réorganisations

Aucune entreprise n'est parfaite.

Les coûts évoluent. Les marchés changent. Les conditions de production varient. Certaines décisions donnent les résultats espérés. D'autres moins.

Ce qui fait la différence, ce n’est pas d’éviter les erreurs. C'est de les détecter avant qu’elles deviennent des problèmes.

Parfois, un petit ajustement effectué au bon moment produit souvent davantage d’effet qu’une grande réorganisation entreprise lorsqu’il est déjà trop tard. Cette capacité d'adaptation vaut souvent davantage que la recherche de la décision parfaite. Pensons à une ration légèrement ajustée après avoir constaté une dérive des coûts alimentaires ou à un équipement réparé avant qu’une panne n’interrompe les travaux en plein saison. Les petits ajustements passent souvent inaperçus... jusqu’au moment où l’on réalise tout ce qu’ils ont permis d’éviter.

Le statu quo est rarement gratuit

L'agriculture évolue constamment. Ce qui fonctionnait très bien il y a dix ans n'est pas nécessairement ce qui donnera les meilleurs résultats demain.

Les gestionnaires aguerris ne changent pas tout pour autant. Mais ils demeurent curieux. Ils se posent des questions et remettent en doute le statu quo.

Pourquoi fait-on les choses de cette façon? Est-ce encore la meilleure approche? Existe-t-il une autre manière de faire? Prenons un exemple simple. Une façon de nourrir le troupeau donne de bons résultats depuis plusieurs années. Pourquoi la changer? Puis, le coût des intrants évolue. Les objectifs de production changent. De nouvelles connaissances deviennent disponibles. La méthode n'est pas devenue mauvaise. Mais elle n'est peut-être plus synonyme de performance.

Ces questions ne remettent pas en cause l'expérience acquise. Au contraire, elles permettent plutôt de s'assurer que l'expérience continue de créer de la valeur.

Parce que l'une des phrases les plus coûteuses en affaires est parfois : « On a toujours fait ça comme ça. »

Elles prennent des décisions avant d'y être obligées

Soyons honnêtes : il y a des décisions que l'on sait nécessaires... mais qu'on reporte quand même. Remplacer un équipement qui fonctionne encore. Revoir une façon de faire qui donne des résultats « acceptables ». Amorcer une discussion difficile avec un associé ou un membre de la famille. Investir dans un projet dont les bénéfices ne seront visibles que dans quelques années.

Reporter une décision procure souvent un certain confort à court terme. Après tout, si rien ne presse, pourquoi ne pas attendre encore un peu? Pourtant, les décisions qu'on évite ont une drôle de façon de revenir. Un équipement coûte un peu plus cher à réparer chaque année. Une méthode devient tranquillement moins efficace. Une discussion reportée devient souvent plus difficile avec le temps. Ce n'est pas l'événement qui coûte cher. C'est souvent le délai avant d'agir. Ce que l'on affronte s'estompe. Ce que l'on fuit nous suit.

Les meilleurs gestionnaires ne prennent pas toujours les bonnes décisions du premier coup. Ils ont simplement commencé à réfléchir à certaines d'entre elles avant que les circonstances les obligent à le faire.

Quelques questions à se poser plus souvent

Anticiper ne signifie pas tout remettre en question chaque semaine. Mais il peut être utile, une fois par mois ou quelques fois par année, de prendre pas de recul et de se poser quelques questions :

  • Quel est le petit irritant qui revient souvent à la ferme, mais que je considère encore comme « normal »?
  • Quelle décision est-ce que je reporte depuis plus longtemps que je ne voudrais l’admettre?
  • Y a-t-il de décisions difficiles mais nécessaires que je reporte volontairement depuis trop longtemps?
  • Quelle habitude n’ai-je jamais remise en question depuis cinq ans?
  • Si je repartais aujourd'hui, prendrais-je les mêmes décisions concernant certains équipements, certaines dépenses ou certaines façons de travailler?
  • Qu'est-ce qui fonctionne mieux cette année qu'il y a un an et pourquoi?
  • Si je continue exactement de la même façon pendant trois ans, où mon entreprise risque-t-elle d’être?

Ces questions ne visent pas à freiner les ambitions ou les projets. Elles servent à développer le réflexe de réfléchir avant d’être obligé de réagir.

Et si l'avance se jouait là?

Les fermes les plus résilientes n'ont pas toutes les mêmes objectifs. Elles ne produisent pas toutes de la même façon. Elles ne disposent pas toutes des mêmes moyens.

En revanche, elles semblent partager une même habitude : elles prennent le temps d'observer ce qui change, de remettre certaines choses en question et d'agir avant que les décisions deviennent urgentes. Peut-être que leur véritable avance ne se voit pas dans leurs bâtiments ou leurs équipements.

Peut-être que leur avance se construit bien avant que es résultats soient perceptibles. Parce que les meilleures décisions sont rarement prises dans l'urgence.