Les ensilages composent environ 60 % de la ration des vaches laitières. Comme nous, elles préfèrent manger des aliments sains, sans moisissures et sans contaminants. Avec un ensilage de qualité, les performances laitières sont supérieures et les effets sur la santé de la vache sont bénéfiques.

Levesque jonathan
Directeur déveéloppement des affaires / Meunerie Cacouna Inc.

Depuis plusieurs années, vous entendez parler des inoculants pour les fourrages. Chose certaine, c’est un sujet sensible car les effets ne sont pas toujours tangibles, c.-à-d. que les résultats ne se voient pas nécessairement à l’œil nu. En raison de cela, il peut être très difficile de voir le retour sur l’investissement.

On dit souvent que la production des ensilages est à coût nul, mais est-ce vraiment le cas? Quel est le coût des pertes? Il est primordial de comprendre les effets de la qualité des ensilages au niveau des vaches et les pertes de matière sèche (MS) au niveau du portefeuille de l’entreprise.

Le processus de fermentation des ensilages se détaille en cinq phases (Figure 1) :

Phase 1 : Lors de la récolte, l’ensilage est en phase aérobique (présence d’oxygène), aussi appelée la respiration cellulaire.

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Phase 2 : (qui suit rapidement la Phase 1) : La phase anaérobique (sans oxygène), c’est la phase de création de l’acide acétique.

Phase 3 : C’est pendant cette phase que le processus de fermentation s’active. Les bactéries se multiplient, produisent de l’acide lactique et engendrent une réduction du pH des ensilages.

Phase 4 : C’est pendant cette phase qu’arrive le pic de création de l’acide lactique et elle est la phase la plus longue. La stabilité est obtenue si le processus est entièrement complété.

Phase 5 : La dernière phase est celle de l’entreposage, celle où l’ensilage attend patiemment d’être servi aux vaches.

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Malgré toutes les bonnes pratiques, il arrive souvent que les ensilages subissent une détérioration de qualité, et il survient aussi une perte de MS après la récolte. La présence d’oxygène dans l’ensilage cause un échauffement de la masse, ce qui provoque des pertes importantes de nutriments et d’énergie. Les glucides perdus par l’effet de chauffage ne peuvent être utilisés pour créer de l’acide lactique. La hausse de la température peut réduire l’activité des bactéries responsables de la fermentation. Un échauffement excessif favorise la croissance de bactéries qui causent une fermentation indésirable et l’apparition des levures et des moisissures.

L’objectif premier lors de la mise en silo est d’obtenir une baisse de pH le plus rapidement possible afin de permettre une fermentation optimale. L’objectif est de pouvoir descendre le pH sous 5 à l’intérieur d’une période de trois jours. Pour ce faire, les bactéries qui créent l’acide lactique ont besoin de sucres et d’absence d’oxygène afin d’être efficaces. Si le processus n’est pas complété à 100 %, nous obtenons une fermentation incomplète.

Lors d’une fermentation incomplète, l’ensemble du processus ne progressera pas vers la phase 5, c.-à-d. que les ensilages sont encore instables. Cette période implique la production d’acide butyrique et d’autres produits indésirables tels que l’ammoniac et des bactéries. Les clostridies produisent de l’acide butyrique et sont responsables de l’odeur aigre des ensilages. De plus, elles causent une réduction de la consommation des fourrages. Par conséquent, la croissance des clostridies augmente les pertes de MS digestible et produit un fourrage malodorant, de faible valeur nutritionnelle et peu appétissant.

Par une mauvaise fermentation, on obtient des levures et des moisissures. Les moisissures préfèrent des niveaux d’humidité supérieurs à 12 %, des températures supérieures à 23 °C, au moins 0,5 % d’oxygène et un pH modéré. Par conséquent, éliminer l’oxygène rapidement est la clé pour restreindre la croissance des moisissures dans le silo.

Au champ, certaines conditions favorisent la croissance des moisissures et augmentent le risque de problèmes liés aux mycotoxines. Celles-ci incluent un temps humide pendant la floraison du maïs, des dommages causés par des insectes ou des oiseaux aux soies du maïs et une récolte après une gelée (le fourrage est plus sec, plus difficile à compacter et moins riche en sucres).

Le taux de MS joue un rôle important également, car la compaction sera moins grande lors d’un niveau plus élevé. Les rotations des cultures sont prioritaires dans l’équation afin de permettre de réduire les risques de moisissures et mycotoxines. Passer d’une céréale à une prairie permet de casser le cycle des moisissures et levures. Un entretien adéquat de l’ensemble des équipements de fauche (faucheuse et ensileuse) permettra une meilleure coupe : une coupe franche et saine réduit le risque de maladies de la plante et, par le fait-même, de contamination.

Beaucoup de moisissures provenant de dégradations courantes ne produisent pas de mycotoxines. Cependant, certaines en produisent afin d’obtenir un avantage compétitif par rapport à d’autres champignons ou pour augmenter leur virulence en tant que pathogène végétal. Cette situation réduit la capacité des plantes à résister aux infections. La présence de moisissures visibles ne signifie pas que des mycotoxines sont présentes : des mycotoxines peuvent être présentes même lorsque la moisissure n’est pas visible.

Lors de la récolte, c’est le moment final pour vérifier la teneur en MS avant l’entreposage. Un fourrage trop humide ou trop sec aura une fermentation non optimale.

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Dans le but d’empêcher le développement des moisissures et des levures, une solution consiste à utiliser des additifs pour fourrages de type Buchneri. Les bactéries de type Buchneri sont des bactéries hétérofermentaires qui produisent de l’acide lactique et de l’acide acétique pendant la fermentation. Les silos traités avec une dose efficace de Buchneri présentent des concentrations plus élevées d’acide acétique et des niveaux plus faibles d’acide lactique en comparaison avec les silos non traités.

L’objectif de l’ajout d’enzymes est d’accélérer la baisse initiale du pH, ce qui devrait augmenter la production d’acide lactique, améliorer le rapport acide lactique / acide acétique et réduire les pertes de matière sèche. Les enzymes digestives des fibres peuvent partiellement consommer les parois cellulaires pour améliorer la digestibilité du fourrage ensilé. En général, ces enzymes sont efficaces sur l’herbe à un taux de 60 % à 70 % d’humidité et sont plus efficaces pour l’herbe immature.

Les recherches démontrent que l’utilisation de Buchneri permet des améliorations significatives de la récupération de MS lors d’une grande variété de conditions. Des essais sur l’ensilage de maïs ont permis une augmentation de 4,2 % en gain de matière sèche. Selon les derniers rapports de coûts, une tonne MS de foin coûte 345 $ et une tonne MS d’ensilage de maïs coûte 282 $. Financièrement, pour 500 tonnes de foin (MS), une perte de 4,2 % représente un coût de 7 245 $ et pour l’ensilage de maïs, une perte de 5 922 $.

Afin d’appliquer la dose optimale lors de l’entreposage des ensilages, il est important de porter attention à certains détails. Dans le cas d’une balle ronde, il faut connaître le temps requis pour presser la balle, le poids de cette dernière ainsi que le pourcentage de matière sèche (p. ex. un litre par tonne d’additif pour une balle de 500 kilogrammes = 0,5 litre par balle). Une balle ronde, selon la presse, a un poids d’environ 250 kilogrammes de matière sèche.

Il est important de connaître le temps de chargement ou de déchargement d’une boîte à ensilage, car plus le chantier va vite et plus il faut appliquer de produit (litres par minute). Bien connaître le temps requis permet d’ajuster la dose par tonne de façon optimale. Le nombre de buses pour l’application joue un rôle primordial sur l’uniformité d’application du produit.

Les récoltes de fourrages et la mise en silo permettent d’alimenter le troupeau tout au long de l’année. Produire un fourrage de qualité et récolter les ensilages dans les bonnes conditions auront un impact majeur sur la rentabilité et la productivité de votre entreprise.

Les références ont été omises, mais sont disponibles sur demande. Cliquez ici pour envoyer un e-mail à l’éditeur.



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