Le stress est une réaction physiologique involontaire, déclenchée par le corps lorsqu’une menace est perçue. Sonia Lupien, une chercheuse renommée en neuroscience, explique que lorsque cette réponse est provoquée par une menace immédiate à la survie, on parle de stress absolu. Voici d’ailleurs une première utilité du stress, datant de la préhistoire : percevoir les risques et ainsi assurer notre survie et notre sécurité. Sans stress, nous aurions peu de freins à nous mettre en situation de danger.
Toutefois, de nos jours, les stress absolus sont plus rares, contrairement à nos lointains ancêtres qui devaient se défendre contre les animaux sauvages ou trouver un abri contre les intempéries de la nature. Aujourd’hui, nous rencontrons davantage des stresseurs relatifs donc qui dépendent de la perception d’une menace dans une situation où la survie n’est pas menacée.
Mme Lupien décrit quatre facteurs qui font qu’une situation est stressante. Pour s’en rappeler, il faut utiliser l’acronyme CINÉ :
- C pour contrôle faible
- I pour imprévisibilité
- N pour nouveauté
- É pour égo menacé.
Contrôle faible est lorsqu’on perçoit qu’un ou plusieurs éléments qui échappent à notre maîtrise. En agriculture, la météo est l’exemple parfait de faible contrôle alors que trop de pluie ou une sécheresse peut affecter grandement une récolte.
Imprévisibilité est quand il est difficile ou impossible de prévoir les événements ou les impacts d'une action. Par exemple, bien que les économistes tentent de leur mieux de prévoir comment les prix des grains se comporteront, il reste impossible de savoir avec certitude s’il vaut mieux vendre aujourd’hui ou attendre pour obtenir un meilleur prix.
Nouveauté survient quand une situation comporte un ou plusieurs éléments rencontrés pour une première fois. Les nouvelles technologies, un changement de logiciel ou une nouvelle exigence gouvernementale qui nécessitent d’adapter ses façons de faire sont des exemples.
Finalement, égo menacé correspond aux situations où un risque pour notre intégrité psychologique ou pour notre estime de soi est perçu. Les opinions publiques défavorables envers l’agriculture ou les conflits familiaux peuvent, par exemple, affecter le sentiment de la valeur de son travail.
Si les stresseurs ont évolué, la réponse physiologique, soit la réaction du corps en situation au stress, elle, reste relativement semblable. Lorsqu’une menace est perçue, le cerveau envoie un message au corps qui sécrète différentes hormones (adrénaline et cortisol) visant à mobiliser l’énergie nécessaire pour combattre la menace ou la fuir. Pour ce faire, les systèmes qui ne sont pas utiles à la survie immédiate, comme le système digestif ou le système reproducteur, sont ralentis au profit de ceux qui augmentent nos capacités physiques.
Ici se trouve une autre possibilité d’utiliser le stress comme un allié. La plupart des athlètes le savent : être stressé avant une compétition provoque dans le corps une réaction semblable à certains dopages, mais de façon complètement légale et naturelle. Dans ces moments, la concentration est accrue, le cardio est bonifié et la force physique est plus grande. C’est d’ailleurs une raison qui amène certaines personnes à repousser des tâches jusqu’à la dernière minute : elles sont plus efficaces en situation de stress. Le stress permet donc d’augmenter nos performances physiques et intellectuelles pendant une certaine période de temps.
En effet, il est important que la durée du stress soit relativement réduite dans le temps afin de profiter de ses effets bénéfiques sans être impacté de ses effets négatifs. Rappelons-nous que le stress est une réaction préhistorique qui sert à combattre ou fuir une menace : à l’époque, si la menace n’était pas vaincue après quelques heures, il est possible de penser que l’individu y avait succombé. Après une période de stress, le corps humain doit donc retourner à l’équilibre et retrouver un niveau plus bas d’adrénaline et de cortisol, sans quoi, les impacts négatifs que l’on connait peuvent commencer à survenir : problème de digestion ou de peau, tensions musculaires, troubles de l’humeur, etc. Toutefois, les stress relatifs, ceux qui sont davantage présents dans nos vies, peuvent parfois durer plusieurs jours voire plusieurs mois.
Pour le gérer, plusieurs techniques sont possibles, allant de plus simple et rapide, mais plus superficielle à plus longue, mais avec un effet plus grand. Dans les stratégies plus simples, il y a d’abord de prendre le temps de bouger. Que ça soit un sport ou loisir ou même une certaine forme de travail, quand le corps bouge, il dépense l’énergie mobilisée pour affronter le stress ce qui aide à évacuer les hormones sécrétées. Ensuite, respirer doucement et profondément peut envoyer le message à notre cerveau que l’environnement est calme et sécuritaire. Dans les stratégies plus élaborées, il est parfois possible d’affronter le stress. Vous repoussez une tâche depuis quelques jours parce qu’elle vous cause du stress? Planifiez-la à votre horaire de la journée pour éliminer le stress à la source.
Ce n’est par contre pas toujours possible d’éliminer le stress, par exemple, lorsque le stress est par rapport à la situation financière. Dans ces cas, on peut prendre le temps de s’assoir pour décortiquer la situation stressante selon les quatre facteurs du CINÉ. Est-ce que je me sens en contrôle? Plus spécifiquement, sur quels aspects ai-je du contrôle et sur quels aspects je n’en ai pas? Est-ce que je sens la situation imprévisible? Qu’est-ce qui est prévisible et qu’est-ce qui ne l’est pas? Est-ce que la situation est nouvelle? Quels sont les éléments que je rencontre pour une première fois et quels sont ceux que je connais? Est-ce que je sens que mon estime est menacée? Qu’est-ce qui menace mon sentiment de valeur personnelle plus exactement?
Une fois que vous avez bien cerné les sources de votre stress, il vient le temps de penser à des solutions pour les différents aspects stressants. Par exemple, je suis stressé parce qu’il annonce encore de la pluie et que je suis en retard pour semer. Je n’ai pas le contrôle sur la météo. Par contre, j’ai du contrôle sur comment j’occupe ma journée de pluie. Je peux m’assurer que tout soit prêt, prendre de l’avance sur d’autres travaux que je ne pourrais pas faire quand je serai dans le champ, etc. Finalement, la consultation d’un professionnel de la santé mentale peut aussi être bénéfique pour trouver des stratégies de gestion du stress personnalisée à vous et vos besoins.
Pour faire du stress notre allié, la clé est donc de l’accueillir, d’utiliser ses effets bénéfiques lors de moments critiques, puis d’apprendre à gérer sa présence au quotidien. Comprendre que le stress peut être positif aide aussi à éviter de stresser d’être stressé! En instaurant un équilibre entre moments de stress et moments de détente, l’efficacité au travail et le maintien d’une bonne santé physique et mentale sont favorisés.
Pour plus d’informations sur le stress ou pour des outils, vous pouvez consulter le site de Sonia Lupien au www.stresshumain.ca.
Émylie Cossette, D. Ps. et Raphaëlle Berthiaume, D. Ps., sont toutes deux psychologues agricoles et conseillères en relations humaines et transfert d’entreprise chez Groupe ProConseil.







