Il y a quelques semaines, j'ai pris un congé peu planifié : une parenthèse saisie au vol. La voix de la raison me rappelait mes 22 tâches en cours, les huit non entamées et que la moitié de l'année déjà écoulée. Une autre voix me chuchotait que c'était précisément pour cette raison qu'il fallait prendre une pause. J'ai écouté la deuxième.

Editor / Progressive Dairy en français
Karine Vézina is a passionate agrimarketing professional with deep respect for dairy producers. S...

Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, décrocher se fait rarement comme on ferme un robinet. Les premières journées, j'ai essayé de rentabiliser chacune d’entre elles en en faisant des « vacances productives » avec un « repos profitable ». Ce n’est qu’à mon retour de congé que j’ai un peu mieux réalisé, qu’inconsciemment, j’avais peut-être une pensée un peu… occidentale!

Hasard du calendrier : ma première journée de retour, j'assistais aux Perspectives agroalimentaires du CRAAQ. André Chieng, consultant au Comité France-Chine, y expliquait qu'en Occident, on cherche toujours à minimiser ce qui est « mal » et maximiser ce qu'on considère comme « bien » : notre temps, nos rendements, notre production. Toujours plus. Tiens, tiens!

Au contraire, la culture chinoise se méfie des excès. On ne voit pas les contraires comme des ennemis à vaincre mais comme un spectre. L'eau et le feu sont tous deux nécessaires, une drogue, selon la dose, peut autant être un médicament qu’un poison, ... Et quand, malheureusement, on atteint un extrême, disent les Chinois, il revient nécessairement sur ses pas.

Ces vacances l'auront confirmé à leur façon. Ce n'est qu'au bout de quelques jours, avec une liste d’activités amplement cochée, en contemplant le paysage après une longue marche, que quelque chose a débloqué. Certaines questions sur lesquelles je tournais en rond depuis des mois ont retrouvé un peu de lumière. Le vide qui s’est finalement créé a remis le pourquoi au centre de tous les quoi à faire. Comme un casse-tête 1 000 morceaux dont on aurait finalement compris le dessin sur le dessus de la boîte.

Advertisement

C’est vrai que notre rapport au temps en Occident est assez négatif. Il faut battre la montre, être le plus rapide possible, contrairement à la recherche du « bon » moment, selon M. Chieng, qui nous a raconté la fable de l'homme de Song.

Celle-ci raconte qu’un homme, voyant avec peine que ses plants ne grandissaient pas, tira sur les tiges. De retour chez lui, épuisé, il dit à sa famille : « Aujourd'hui, j'ai aidé les plants à grandir. » Ses fils coururent voir son travail. La récolte était perdue.

On ne fait pas pousser le blé plus vite en tirant dessus. On prépare le sol, on fertilise, on arrose — et on attend le bon moment, Sans chercher à le forcer.

Je pense qu'on est beaucoup de producteurs et de gens dans l'industrie à fonctionner la pédale au fond, à confondre le temps qui passe avec le bon moment pour agir. (Au moment d’écrire ces lignes, les semis vont débuter… Qui entrera dans le champ en premier? Qui attendra le bon moment?)

Je vous invite à prendre du temps – et du bon – pour vous quand le bon moment sera présent. Quitte à prendre le temps de l’utiliser, cette fameuse balançoire qui vous fait de l’œil depuis le début de l’été et de décanter la journée avec votre conjoint(e), en laissant de côté le téléphone et la liste de choses à faire. (Je vous le promets : ma liste de tâches m’a attendue sagement sans broncher!).

Laissez le vide faire son travail. Vous risquez de retrouver le dessus de la boîte quand ce sera le bon moment!

D’ici là, bonne lecture!

Karine