Quand on pense à la pire tâche à accomplir à la ferme, plusieurs candidates viennent à l’esprit. Par exemple, recouvrir d’une bâche le tas de fourrage, en esquivant les pneus remplis d’eau et infestés de rats; ou encore, assurer la gestion des placentas non expulsés immédiatement après le vêlage. On peut ajouter à cette liste les abcès et les vêlages par le siège. Puis, ce matin, ce que j’ai eu à faire aurait pu être de l’excellente matière pour écrire un article : écorner des veaux.
Notre secteur a bien évolué. Notre stratégie actuelle, qui consiste à administrer un analgésique et à utiliser un écorneur sur les jeunes veaux, semble être la plus efficace, tant pour l’éleveur qui fait la tâche que pour l’animal. Traditionnellement, on incisait et on brûlait les cornes, à la manière des saignées pratiquées au Moyen Âge. L’odeur infecte de poils brûlés résultant de cette pratique demeure imprégnée en permanence dans mes vêtements de travail. Il y a quelque chose dans cette odeur qui donne vraiment envie de se plonger dans les catalogues de taureaux pour y en chercher un sans cornes!
Alors que j’écornais des veaux, j’ai reçu un texto d’un employé. Je l’ai lu, mais je n’arrivais pas à déterminer s’il me demandait un jour de congé ou s’il voulait démissionner.
L’arrivée de Google Traduction nous offre une formidable opportunité de communiquer avec les personnes pour qui l’anglais est une langue seconde ou qui ne la parlent pas du tout. Cela donne toutefois lieu à des textos pour le moins originaux. Communiquer avec la dictée vocale et la correction automatique est déjà passablement compliqué sans y ajouter la barrière de la langue.
Il y a deux ans, j’ai envoyé un texto à un vendeur pour lui demander de me livrer un « Drench Mate ». Pour les lecteurs qui ne le savent pas, le Drench Mate est un seau muni d’une pompe manuelle utilisé pour administrer des vitamines et des minéraux aux vaches déshydratées ou stressées. Ayant plutôt entendu « French maid », mon téléphone a, dans sa grande sagesse, transformé ma demande en une demande de femme de ménage!
Inutile de dire que notre vendeur, imperturbable, a trouvé la situation très drôle. Madame Faber, elle, était beaucoup moins enthousiaste et se demandait comment mon téléphone avait pu penser qu’une femme de ménage française était une demande raisonnable.
C’est incroyable de penser qu’il y a de cela quelques décennies seulement, nous n’avions même pas accès aux téléphones mobiles. Quand on quittait la ferme pour aller chercher des pièces, il n’était pas possible de recevoir un texto demandant de rapporter des pièces supplémentaires. L’unique solution était d’appeler le détaillant de pièces et de demander l’ajout des pièces manquantes à la commande. L’accès à nos téléphones nous procure un gain d’efficacité incroyable et l’arrivée de toute nouvelle technologie implique une période d’apprentissage et d’adaptation.
La relation d’un éleveur avec son téléphone est particulière : le volume de la sonnerie est généralement réglé au maximum pour que la sonnerie puisse couvrir le bruit d’un tracteur ou d’une pompe à lait. Cette sonnerie assourdissante interrompt souvent de façon gênante les discussions à la table du souper ou les réunions de coopérative.
Qui sait quels changements nous réservent les 40 prochaines années? Mais, en même temps que vous adoptez de meilleures techniques d’écornage et que vous intégrez les téléphones mobiles et d’autres technologies à votre quotidien à la ferme, veillez aussi à ne pas envoyer de demandes de femmes de ménage françaises à vos fournisseurs!





