Alors que les producteurs laitiers cherchent à maximiser à la fois le progrès génétique et la rentabilité, l’utilisation stratégique de la semence de taureaux de boucherie est devenue une stratégie courante pour les troupeaux en Amérique du Nord. Les vaches ayant un potentiel génétique plus élevé peuvent être inséminées avec de la semence sexée pour produire des génisses de remplacement de haute qualité, tandis que les vaches ayant un mérite génétique moindre peuvent être inséminées avec de la semence de boucherie pour produire des veaux croisés qui auront plus de valeur sur le marché, par rapport aux veaux mâles pur-sang laitiers. Depuis 2015, l’utilisation de la semence de boucherie a plus que triplé pour la race Holstein, passant de 8 % à 28 % en moyenne.

Mion bruna
Dairy Production Expert – Nutrition and Herd Management / Lactanet
Sweett hannah
Genetics Extension Expert / Lactanet

Cette tendance s’explique en grande partie par les prix actuels élevés pour les veaux de boucherie. La vente de veaux croisés offre un revenu immédiat et les acheteurs recherchent souvent des lots sains et uniformes, ce qui fait de la gestion des veaux croisés une priorité de plus en plus importante. Cependant, il est primordial de se rappeler que la production de lait reste la base de la ferme. Par conséquent, la gestion de la vache laitière doit rester une priorité, surtout si l’on considère que l’utilisation de la semence de boucherie peut influencer des facteurs clés tels que la durée de la gestation.

Durée de gestation : ce que les données montrent

Lactanet reçoit chaque mois environ 150 000 données d’insémination de la part des techniciens d’insémination artificielle et de données collectées par le contrôle laitier. Nous avons récemment exploré la durée moyenne de gestation des vaches Holstein saillies par différentes races de boucherie, en prenant en compte toutes les races dont au moins 100 naissances ont été enregistrées depuis 2021.

À titre de comparaison, une vache Holstein saillie par un taureau Holstein a une durée moyenne de gestation de 278 jours. Toutefois, lorsque l’on utilise des taureaux de boucherie, cette moyenne peut augmenter jusqu’à cinq jours de plus, selon la race. Par exemple, les taureaux Angus sont utilisés pour 80 % des inséminations bœuf-sur-lait et sont généralement préférés en raison de leur durée de gestation plus courte que celle des autres races, avec une moyenne de 279 jours lorsqu'ils sont croisés avec une vache Holstein. En revanche, les taureaux limousins et wagyus ont généralement des durées de gestation plus longues lorsqu'ils sont croisés avec des vaches de race Holstein, avec une moyenne de 282 jours et 284 jours, respectivement.


Implications pour la gestion : repenser les objectifs

La gestion de la ferme est généralement guidée par des objectifs fixes, souvent basés sur les moyennes du troupeau. Toutefois, le choix de la race du taureau peut modifier ces moyennes, et il faut en tenir compte. Lorsque les producteurs laitiers adoptent des stratégies bœuf-sur-lait, il devient important de réévaluer les pratiques de gestion associées.

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L’un des domaines clés est la période de tarissement. Les producteurs devraient définir clairement la durée totale idéale de la période de tarissement et déterminer le nombre de jours que les vaches devraient passer dans le groupe de vaches taries et le groupe de préparation – vêlage, en fonction de leur programme de nutrition. Bien que les différences de durée de gestation liées à la race ne durent que quelques jours, ces petits changements peuvent avoir un impact, en particulier pour les fermes qui ne déplacent les vaches d’un enclos à l’autre qu’une fois par semaine. Dans ce cas, les vaches peuvent involontairement passer trop ou trop peu de temps dans des enclos spécifiques, ce qui affecte les résultats de la transition.

La gestion correcte de la période de tarissement est cruciale pour une lactation suivante réussie. Des périodes de tarissement très courtes (moins de 30 jours) peuvent réduire la production de lait lors de la lactation suivante, tandis que des périodes de tarissement trop longues peuvent entraîner un surconditionnement des vaches, ce qui augmente le risque de problèmes métaboliques et compromet la production future. De plus, de nombreuses fermes suivent des programmes de nutrition spécifiques durant les trois semaines précédant le vêlage afin de prévenir des problèmes tels que la fièvre vitulaire. L’efficacité de ces programmes dépend de la durée du séjour dans le groupe de préparation- vêlage. Si les vaches y séjournent pendant une courte période, leur efficacité peut être réduite; si la durée est trop longue, il y a une augmentation du risque de maladie, une baisse de la production de lait et une diminution de la fertilité lors de la lactation suivante.

Difficultés de vêlage pour les veaux croisés : Faut-il s’inquiéter ?

En général, les durées de gestation plus longues sont associées à un risque plus élevé de vêlages difficiles et de mortinatalité lors de l'utilisation de semence conventionnelle. La facilité de vêlage lors de l’utilisation de certaines races de boucherie dans les troupeaux laitiers suscite également des inquiétudes.

La base de données Lactanet comprend des informations sur la facilité de vêlage, mais il est important d’interpréter ces données avec prudence, car il est possible que les vêlages de races croisées soient sous-déclarés. Nos données suggèrent que les veaux issus de croisements bœuf-sur-lait peuvent présenter des problèmes de vêlage similaires à ceux des veaux des races laitières conventionnelles. Chez les vaches Holstein, 95,5 % des vêlages sont enregistrés comme n'ayant pas été assistés ou ayant nécessité une légère assistance, contre 96,0 % chez les vaches saillies par des taureaux de boucherie.

Cependant, la race du taureau joue un rôle. Par exemple, les croisements Bleu Blanc Belge ont le taux le plus élevé de vêlages difficiles (4,7 %), tandis que les croisements Kobe Waygu sont associés au moins de problèmes (1,4 %). Les croisements Angus-Holstein présentent également des résultats favorables en matière de facilité de vêlage, avec 96 % des vêlages enregistrés sans assistance ou avec légère assistance, et seulement 2,6 % de vêlages difficiles.

La facilité de vêlage est influencée par de nombreux facteurs, notamment l’âge et la taille de la vache, ainsi que le sexe du veau. Cependant, il est important de prendre en compte la facilité de vêlage lors de la sélection des taureaux laitiers et des taureaux de boucherie dans votre programme d'élevage.

Le croisement bœuf-sur-lait au service de votre troupeau

L’utilisation de la semence de boucherie dans les troupeaux laitiers est plus qu’une tendance, mais bien une opportunité stratégique d’améliorer la rentabilité. Une implantation réussie exige plus qu'une simple sélection des bons taureaux. Les petits changements dans la durée de la gestation peuvent affecter les objectifs de la période de tarissement, les déplacements dans les enclos et la gestion des vaches en transition.

Bien que nous ayons fourni des moyennes de population basées sur nos données enregistrées, il existe des variations entre les fermes. C’est pourquoi il est essentiel d’examiner les données de votre propre troupeau et d’évaluer l’influence de votre stratégie d’élevage sur les principaux domaines de gestion. Une approche réfléchie vous permet d’atteindre vos objectifs sans compromettre la santé des vaches, leurs performances ou leur productivité à long terme.