Pour lire cet article en anglais, cliquez ici.
La digestibilité des fibres joue un rôle essentiel dans la nutrition des vaches laitières, influençant directement la consommation de matière sèche (CMS), la santé du rumen et la production laitière. Au Canada, où les régimes à base de fourrages sont la norme, maximiser l’utilisation des fibres est crucial pour les performances du troupeau et la rentabilité de la ferme. La sécheresse de 2025 a exacerbé les défis liés à la qualité des fourrages, notamment en Ontario et au Québec, poussant les producteurs à explorer des stratégies nutritionnelles innovantes.
Comprendre la digestibilité des fibres
Les fibres dans la nutrition laitière sont généralement mesurées par la fibre au détergent neutre sous l’acronyme NDF, qui comprend la cellulose, l’hémicellulose et la lignine. Toutefois, toutes les fractions des NDF ne sont pas digestibles. Des indicateurs avancés comme la NDF non digestible à 240 heures (uNDF240) et la NDF physiquement efficace (peNDF) offrent une meilleure compréhension du comportement des fibres dans le rumen et de leur impact sur la consommation et la production laitière.
Les modèles nutritionnels modernes divisent les fibres en trois groupes : indigestibles, à fermentation rapide et à fermentation lente, afin de mieux prédire les performances des vaches. Les fourrages avec une uNDF240 élevée peuvent limiter la consommation et réduire la production de lait, surtout s’ils sont hachés trop grossièrement. À l’inverse, des fourrages finement hachés avec une faible uNDF240 peuvent améliorer la consommation et les performances globales.
Impact de la sécheresse sur la qualité des fourrages
La sécheresse de 2025 a fortement affecté les cultures fourragères au Canada, avec des conditions particulièrement sévères en Ontario et au Québec. Dans les régions du sud, les précipitations ont chuté à moins de 60 % de la moyenne saisonnière, et parfois même sous les 40 %. Ces conditions extrêmes ont entraîné une mauvaise repousse de l’ensilage de foin et une lignification accrue des parois cellulaires des plantes. De plus, une baisse notable des concentrations en amidon et en sucres sera sans doute observée dans les ensilages récoltés en période de sécheresse.
La persistance de la sécheresse en fin de saison peut aussi soulever des préoccupations au-delà de la valeur nutritionnelle, notamment en matière de sécurité alimentaire. Les niveaux élevés de nitrates, souvent causés par le stress hydrique, peuvent devenir un risque potentiel pour la santé des troupeaux laitiers et des producteurs.
Comment améliorer la digestibilité des fibres?
En période de faible qualité fourragère, comme lors de la sécheresse de 2025, les vaches laitières peinent à extraire suffisamment d’énergie de leur alimentation. L’utilisation stratégique d’additifs alimentaires peut aider à relever ce défi en améliorant la digestion des fibres et en soutenant les performances des vaches.
Un exemple est le concentré de fermentation d’Aspergillus oryzae (AOFC). Issu de la fermentation naturelle du champignon Aspergillus oryzae, l’AOFC est une source concentrée d’enzymes et de stimulants microbiens qui favorisent l’activité des bactéries digestives dans le rumen.
L’AOFC stimule la croissance des microbes cellulolytiques, accélère la dégradation des fibres en acides gras volatils (sources d’énergie essentielles pour la production laitière) et améliore la consommation d’aliments ainsi que la teneur en matière grasse du lait. Des recherches ont montré que l’intégration de produits fongiques fermentés dans les rations laitières peut augmenter la CMS et le rendement en lait corrigé pour la matière grasse.
L’AOFC peut améliorer la digestibilité des fibres jusqu’à 28 %, notamment dans des fourrages comme la luzerne. Dans les conditions difficiles de la saison de croissance 2025, l’ajout d’additifs comme l’AOFC permet aux producteurs de maximiser les ressources fourragères limitées tout en maintenant les performances du troupeau.
Stratégies complémentaires pour améliorer la digestibilité
En complément de l’AOFC, plusieurs approches peuvent être mises en œuvre pour optimiser l’utilisation des fibres dans les rations laitières. L’utilisation d’inoculants d’ensilage, tels que Lactobacillus buchneri, permet d’améliorer la fermentation et la dégradation des fibres, particulièrement dans les fourrages affectés par le stress hydrique. L’ajout d’enzymes fibrolytiques, que ce soit au moment de l’ensilage ou directement dans l’alimentation, contribue également à augmenter la digestibilité de la fibre.
La gestion de la taille des particules joue un rôle clé dans l’efficacité ruminale. Adapter la longueur de coupe en fonction des valeurs uNDF240 et peNDF permet d’optimiser le remplissage du rumen et la fermentation. Par exemple, un hachage plus fin des fourrages à forte uNDF240 favorise une meilleure consommation de matière sèche, tandis qu’un hachage trop fin des fourrages à faible uNDF240 peut nuire à la rumination.
Enfin, l’intégration de sources de fibres solubles comme la pulpe de betterave peut soutenir la synthèse de matière grasse du lait. Ces sous-produits fermentent rapidement et peuvent remplacer une partie de l’amidon dans la ration, contribuant à limiter les pics d’insuline et à prévenir le surconditionnement en milieu de lactation.
Impact économique
L’amélioration de la digestibilité des fibres représente un levier économique important pour les exploitations laitières. En augmentant la quantité d’énergie disponible dans la ration, on observe une hausse du rendement laitier corrigé pour l’énergie, une meilleure efficacité alimentaire et une réduction du coût de production par litre de lait.
Une meilleure utilisation des fibres permet également de diminuer la dépendance aux concentrés riches en grains, souvent coûteux, ce qui allège les dépenses liées à l’alimentation. Cette stratégie devient particulièrement avantageuse en période de sécheresse, lorsque les prix des concentrés augmentent et que les niveaux d’amidon dans les ensilages de maïs sont réduits.
De plus, une digestion améliorée des fibres favorise la santé du rumen, réduisant les risques de troubles métaboliques tels que l’acidose ou le déplacement de caillette. Des vaches en meilleure santé ont une longévité accrue et une productivité plus stable, ce qui renforce la rentabilité globale du troupeau.
Conclusion
La digestibilité des fibres est bien plus qu’un indicateur nutritionnel : c’est un levier stratégique pour le succès des fermes laitières. En période de sécheresse comme en 2025, les producteurs ont été confrontés à des défis majeurs. L’intégration d’additifs favorisant la digestion des fibres, combinée à des inoculants, une analyse précise des fourrages et des sources de fibres solubles, constitue une approche solide pour optimiser la fonction ruminale, améliorer l’efficacité alimentaire et protéger la rentabilité.
Jonathan Paré est responsable du marketing stratégique en production laitière pour Cargill.






