Les exploitations laitières dépendent fortement de l’eau pour assurer leurs activités quotidiennes. Toutefois, cette ressource n’est pas inépuisable et sa disponibilité devient un enjeu croissant pour les élevages, notamment en raison des changements climatiques et de l’augmentation de la taille des troupeaux laitiers. Par ailleurs, il est de plus en plus fréquent pour les fermes de devoir payer pour l’eau qu’elles consomment.

Directrice en production animales et fourragères / Agrinova
Chargée de projet en recherche et innovation / Agrinova
Professionnelle de recherche en productions animales / Agrinova

Les principaux postes de consommation d’eau dans les fermes laitières sont l’abreuvement des animaux et le lavage des systèmes de traite. À cela s’ajoutent plusieurs besoins connexes, notamment le nettoyage des aires d’attente, de la salle de traite et d’autres sections de l’étable, l’eau utilisée par les refroidisseurs à plaques, le lavage du réservoir de lait, ainsi que la brumisation ou le rafraîchissement des animaux lors des périodes de chaleur.

De petits changements peuvent entraîner des gains importants à long terme. À titre d’exemple, une réduction aussi minime que 1 % de l’empreinte hydrique des fermes laitières canadiennes peut économiser près de 500 millions de litres. L’optimisation de la gestion de l’eau à la ferme devient donc un aspect prioritaire dans plusieurs élevages. Celle-ci repose principalement sur deux approches complémentaires, soit la réduction de la consommation d’eau et la récupération ou le recyclage de l’eau.

Face à ces constats, un projet de recherche a été mis en place afin d’évaluer des méthodes de gestion de l’eau en production laitière et quantifier leur potentiel d’économie d’eau. Celui-ci se déclinait en deux volets, soit l’identification des postes de consommation et de récupération de l’eau et la diffusion des pratiques mises en place dans les fermes.

Le premier volet a permis de réaliser trois portraits de fermes (cas) avec l’aide de compteurs d’eau, identifiant les principaux postes de consommation et de récupération d’eau (Figure 1). Le premier cas illustre les postes de consommation en eau dans une ferme de 150 vaches en lactation équipée de quatre robots de traite. Sur l’ensemble de la consommation, 22 % sont utilisés pour le lavage des robots de traite et 22 % pour le refroidisseur à plaques, ce qui révèle un potentiel intéressant de récupération. Actuellement, l’eau du refroidisseur à plaques et du drainage est récupérée pour le lavage des surfaces, des planchers et des bottes.

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Le deuxième cas présente les principaux usages de l’eau dans une ferme de 280 chèvres laitières avec salle de traite. L’eau du refroidisseur à plaques et du lavage du lactoduc est réutilisée pour nettoyer le plancher de la salle de traite ainsi que les équipements à l’extérieur. Le lavage du lactoduc et le refroidisseur à plaques offrent un potentiel de récupération de 36,9 % de la consommation totale.


Le troisième cas détaille les postes de récupération en eau d’une ferme de 160 vaches en lactation avec salle de traite. La récupération de l’eau de pluie et du lavage du système de traite est utilisée pour le lavage des aires d’attente. Environ 22 mètres cube d’eau sont réutilisés par mois grâce à l’eau de lavage du système de traite durant les mois d’hiver. Le reste de l’année, environ 29,5 mètres cube d’eau sont réutilisés chaque mois grâce à l’eau de pluie et à l’eau provenant du lavage du système de traite.

La récupération de l’eau issue du refroidisseur à plaques représente une option intéressante dans chacune des fermes, tant par les volumes récupérables que par la qualité de l’eau. Les analyses réalisées confirment que cette eau est potable, ce qui élargit considérablement les possibilités de réutilisation et en augmente la valeur, comparativement à l’eau de pluie et aux eaux de lavage qui sont non potables et limitées à des usages restreints comme le nettoyage des planchers et des autres surfaces.

Pour optimiser la gestion de l’eau, il est essentiel que les producteur(trice)s comprennent où et comment elle est utilisée à la ferme. Le compteur d’eau constitue donc un outil incontournable, car il permet de suivre la consommation en temps réel, d’identifier rapidement les pertes et de cibler les postes où la récupération est la plus efficace.

En complément, les capsules vidéo réalisées dans le cadre du deuxième volet du projet illustrent concrètement les pratiques de récupération d’eau, à travers des exemples appliqués et reproductibles, susceptibles d’inspirer d’autres exploitations à mettre en place ces stratégies (Figure 2). En connaissant précisément les flux d’eau, à l’entrée comme à la sortie de la ferme, il devient possible d’améliorer la consommation en eau, tout en maintenant la performance des troupeaux, contribuant à des fermes laitières plus durables et résilientes face aux défis de demain.

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 Figure 2. Code QR pour visionner les capsules vidéo

 

Ce projet a été réalisé dans le cadre du volet 2 du programme « Prime-Vert – Approche régionale et interrégionale » avec une aide financière du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.

Les références ont été omises mais sont disponibles sur demande en envoyant un courriel à l’éditeur.

Audrey-Anne Poulin est agronome et professionnelle de recherche en productions animales. Stéphanie Claveau est biologiste et directrice en production animales et fourragères. Lorie Desrochers est agronome et chargée de projet en recherche et innovation. Toutes trois travaillent chez Agrinova.