Il suffit d’aller dans n’importe quelle épicerie ces jours-ci pour voir les mots « riche en protéines » affichés partout dans les allées. Des pots de yogourt aux céréales et aux collations, l’engouement du consommateur pour les aliments riches en protéines est impossible à manquer. Cette tendance influence la façon dont le lait est valorisé à la ferme à mesure que la valeur financière de la protéine augmente. Alors que les producteurs laitiers se préparent aux changements de prix, ils devront adapter à la fois leurs stratégies génétiques et leurs pratiques à la ferme pour saisir cette nouvelle opportunité.

Sweett hannah
Genetics Extension Expert / Lactanet

Dans cet article, nous adoptons une approche génétique sur les composants du lait dans la race Holstein, reconnaissant que la génétique établit la base de ce qu’un troupeau peut produire. Alors que la génétique détermine le potentiel, il est important de se rappeler que l’alimentation et la régie déterminent le niveau d’expression de ce potentiel.

Les tendances génétiques du rendement en gras et du rendement en protéine

Pour évaluer le progrès génétique du rendement en gras et du rendement en protéine au cours des 30 dernières années, Lactanet a analysé les données de décembre 2025 des femelles Holstein canadiennes enregistrées. La Figure 1 présente les valeurs génétiques moyennes, les moyennes des parents (MP) et les valeurs d’élevage estimées (VÉE), par année de naissance, pour le rendement en gras et le rendement en protéine à 305 jours en lait (JEL). Ces valeurs sont exprimées en écarts par rapport à l’évaluation génétique moyenne de toutes les vaches nées durant la période de référence. Il est important de noter les échelles différentes pour les deux caractères : l’échelle du rendement en gras se trouve sur l’axe gauche alors que l’échelle du rendement en protéine apparaît à droite. Les deux échelles ont été normalisées pour que chaque ligne représente un écart type. Par exemple, un écart type pour le rendement en gras est de 31 kg alors qu’un écart type pour le rendement en protéine est de 22 kg.

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En 2025, le mérite génétique du rendement en gras a atteint 55,5 kg relativement au groupe de base à zéro, alors que le rendement en protéine a dépassé le groupe de base de 34,2 kg. Bien que ces deux caractères se soient considérablement améliorés au cours des 30 dernières années, leurs courbes ont récemment commencé à diverger. Au cours des cinq dernières années, la race Holstein a réalisé 20 % plus de progrès génétique pour le rendement en gras par rapport au rendement en protéine. Cet écart croissant, ainsi que la demande des consommateurs, ont incité l’industrie à mettre davantage l’accent sur l’augmentation du rendement en protéine tout en stabilisant le rendement en gras. Dans cette optique, comment la génétique peut-elle soutenir le progrès vers une amélioration équilibrée?

Bien que ces tendances représentent la moyenne de la race Holstein et que les troupeaux individuels présentent des différences, le message global est clair : la génétique reste un outil puissant pour améliorer les composants du lait. À la fois le rendement en gras et le rendement en protéine affichent une héritabilité modérée de 26 %, ce qui signifie qu’ils subissent l’influence de la sélection génétique. De plus, une corrélation génétique de 64 % existe entre le rendement en gras et le rendement en protéine, ce qui indique que nous pouvons améliorer les deux caractères simultanément. Il faudra en tenir compte en fonction des objectifs de votre troupeau, particulièrement dans les troupeaux où le rendement en gras est déjà élevé.

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Il est toutefois important de rappeler que le changement génétique est un investissement à long terme. Les décisions d’élevage prises aujourd’hui ne se matérialiseront pas dans le réservoir à lait d’un troupeau avant environ cinq ans ou plus, une fois que les filles seront nées, se seront développées et auront intégré le troupeau en lactation. Pour cette raison, l’industrie doit être avant-gardiste plutôt que réactive dans ses programmes de sélection, pour veiller à ce que les décisions de sélection correspondent aux objectifs de production et de rentabilité à long terme.

Guider les décisions d’élevage liées au rendement en protéine

Il existe de nombreux outils permettant d’évaluer le rendement en protéine d’un troupeau et de prendre des décisions d’élevage éclairées. Il est important de définir un objectif clair pour votre troupeau, car même si l’amélioration génétique est graduelle, elle est permanente et cumulative. Par conséquent, le fait d’avoir une cible bien définie permet d’assurer que les décisions de sélection et d’accouplement prises aujourd’hui contribuent à la performance du troupeau dans les années à venir.

Comme pour la plupart des caractères, il existe une variation dans le rendement en protéine des génisses et des vaches d’un troupeau. Le testage génomique reste un des meilleurs outils pour trier les animaux avec précision et ainsi adapter efficacement les stratégies de reproduction. Un indice de sélection national, comme l’indice de performance à vie (IPV) ou Pro$, peut servir de premier tri des animaux du troupeau avant d’évaluer les composants du lait ou d’autres caractères d’intérêt. À partir de là, la semence sexée peut être utilisée chez vos meilleures femelles génomiques pour multiplier les meilleurs animaux de votre troupeau alors que la semence de boucherie peut être utilisée chez les animaux dont la valeur génétique est inférieure. Au moment de planifier les accouplements, il est aussi important de tenir compte de la fréquence des conditions génétiques indésirables et des haplotypes ainsi que des niveaux de consanguinité, pour veiller à ce que le progrès génétique ne compromette pas la santé du troupeau. Le site web LactanetGen.ca accessible gratuitement permet de trier les animaux de votre troupeau en fonction de différents caractères et fournit les niveaux de consanguinité et les moyennes des parents en vue de différents accouplements, tout en aidant à gérer les conditions génétiques et les haplotypes indésirables.

Le sous-indice de production dans l’indice de performance à vie (IPV) accorde une pondération de 60 % au rendement en gras et de 40 % au rendement en protéine dans la race Holstein (février 2026). Bien qu’une plus grande importance soit accordée au rendement en gras, de nombreux taureaux hautement classés excellent également pour le rendement en protéine. La Figure 2 présente la répartition des évaluations du rendement en gras et du rendement en protéine des 200 meilleurs taureaux éprouvés Holstein selon l’IPV, d’après les données de décembre 2025. Chaque quadrant classe les taureaux selon leur évaluation du rendement en gras et du rendement en protéine. Par exemple, le premier quadrant montre les taureaux qui ont une évaluation moins élevée pour le rendement en gras, mais plus élevée pour le rendement en protéine, ce qui démontre qu’une génétique performante pour la protéine demeure facilement accessible, même avec les pondérations actuelles de l’indice. Lactanet consulte aussi les associations de race et le Conseil d’évaluation génétique (GEB) en mars 2026 en ce qui concerne la pondération idéale du rendement en gras et du rendement en protéine à l’intérieur de l’IPV. À mesure que la valeur de la protéine augmente à la ferme, il est important que les indices de sélection reflètent les réalités économiques et les priorités de l’industrie. Restez à l’affût de nos prochaines communications.


En résumé, la génétique fournit une base solide pour positionner les troupeaux de façon à tirer parti de l’évolution des structures du prix du lait. Alors que le gras et la protéine ont réalisé des gains au cours des 30 dernières années, l’écart croissant entre les deux souligne le besoin d’accorder une plus grande importance à la protéine dans les décisions de sélection et d’élevage. En combinant la génétique, la sélection stratégique des génisses et des taureaux et des objectifs clairement définis, les producteurs peuvent réaliser un progrès qui soutiendra à la fois la performance et la rentabilité future du troupeau.

Hannah Sweett est experte en vulgarisation génétique chez Lactanet.