Le 18 mars dernier, l’AQINAC tenait la 20e édition de son Rendez-vous laitier.
Des conférenciers de haut niveau y ont présenté des enjeux politiques, économiques et techniques, tout en offrant un éclairage sur les perspectives du marché. Nous vous présentons l’essentiel de cette journée à travers 20 raisons de célébrer la production laitière.
1. Une gestion de l’offre protégée
L’été dernier, le projet de loi visant à protéger l’intégralité de la gestion de l’offre a été adopté par le Sénat, après avoir reçu l’appui unanime des députés à la Chambre des communes.
Lors de sa conférence, Jean Charest s’est également montré rassurant à ce sujet. Un point de vue d’autant plus crédible qu’il provient de l’ex-Premier Ministre du Québec aujourd’hui membre du Conseil sur les relations canado-américaines du gouvernement Carney. Il siège aussi au comité directeur du Conseil commercial Canada-États-Unis, une initiative du secteur privé visant à collaborer sur les enjeux liés aux tarifs douaniers et de l’ACÉUM.
M. Charest a abordé les enjeux des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis, rappelant qu’une révision de l’ACÉUM est prévue en juillet. En ce qui concerne le secteur laitier, il précise que l’administration américaine actuelle ne remet pas directement en question la gestion de l’offre mais plutôt la mise en œuvre de l’entente conclue en 2018-2019. En cause : l’incapacité des Américains à atteindre les quotas qui leur sont alloués. En effet, ceux-ci sont alloués aux transformateurs – dont plusieurs sont des entreprises canadiennes opérant aux États-Unis – plutôt qu’aux détaillants et au secteur de la restauration.
Selon lui, les vrais enjeux agroalimentaires des États-Unis ne concernent pas réellement le Canada, outre peut-être ce qui touche le commerce des vins et spiritueux. Ils portent davantage sur des enjeux internes tels que la main-d'œuvre, l’accès à l'eau potable, les maladies – notamment la grippe aviaire – ainsi que les relations commerciales avec la Chine.
2. « Les américains seront toujours notre principal partenaire et ami. »
Les chaînes d’approvisionnement entre le Canada et les États-Unis sont étroitement imbriquées : « 25 % de nos exportations américaines viennent des États-Unis », a souligné Jean Charest, illustrant à quel point certaines composantes peuvent franchir la frontière à plusieurs reprises.
Démanteler ces interconnexions nécessiterait des années et des centaines de milliards de dollars. Selon lui, ces relations commerciales sont donc, à toutes fins pratiques, solidement ancrées et difficile à remettre en question.
3. La pauvreté est en déclin.
Toujours selon Jean Charest, le commerce international constitue une locomotive de croissance et de création de richesse inégalé dans l’Histoire dont il faut se réjouir.
« Entre 1995 et 2022, les économies à revenu faible et intermédiaire ont augmenté leur part des exportations mondiales de 17 % à 32 % [alors que] la pauvreté a fortement reculé, passant de 40 % à 10%. »
Par ailleurs, sans lien direct avec ces données, il demeure pertinent de souligner que les Producteurs de Lait du Québec contribuent eux aussi à la lutte contre la pauvreté, notamment en ayant remis 15 millions de litres de lait aux banques alimentaires au cours des 20 dernières années!
4. Le temps de travail requis à la ferme pour produire un litre de lait a presque diminué de moitié en 20 ans.
Les statistiques sont éloquentes : en 2005, un producteur passait 1h20 pour produire un hectolitre de lait. En 2024, la même quantité requiert 43 minutes de travail.
Selon Chantal Fleury des PLQ, ces gains en efficacité s’expliquent par plusieurs avancées technologiques et agronomiques (Figure 1).

5. Les producteurs laitiers portent de plus en plus le chapeau de gestionnaire.
En observant l’évolution des postes de dépenses des fermes, le changement le plus marqué concerne la proportion des frais liés à la main-d’œuvre de gestion et des salariés externes (qui a presque doublé en 20 ans pour atteindre 4,9 % des dépenses). Une bonne nouvelle? Tout à fait, si on considère l’augmentation importante de la taille des fermes et le fait qu’elles s’appuient désormais davantage sur de l’aide externe.
Et cette aide est clairement appréciée, comme en témoigne Jessica Landry en fin de Rendez-vous laitier : « Sans nos employés, la Ferme Landrynoise n’existerait pas. On aime remercier nos employés à toutes les [grandes étapes, après les récoltes, à Noël], c’est important pour nous ».
6. Penser ses installations laitières en intégrant bien-être, efficacité et budget : c’est possible.
C’est la conclusion à retenir de l’excellente conférence de Christian Lemay, de Lemay & Choinière. Parmi les messages clés : planifier son site deux ou trois coups d’avance, tout en progressant de façon méthodique, une étape à la fois. La ferme pourra éventuellement ajouter un ou deux robots à plus long terme à son site principal, mais il est tout à fait possible de répondre aux besoins actuels dès maintenant, sans compromettre un futur agrandissement — tout en respectant les exigences réglementaires, notamment en ce qui concerne les distances avec les voisins, aux sources d’eau, etc.
L’idéal demeure d’évaluer différents scénarios avec des conseillers de confiance et de définir clairement ses besoins, tant pour la prochaine étable que pour la suivante. En fin de compte, ce ne sont pas les esquisses ou les budgets préliminaires qui alourdissent la facture, mais plutôt les décisions prises sans réflexion stratégique suffisante.
7. Il y a de belles opportunités de rentabilité pour les éleveurs avec des veaux croisés.
On retrouve encore 38 % de veaux Holstein dans les encans du Québec. Or, comme les veaux croisés – toutes qualités confondues – obtiennent en moyenne 5,65 $ de plus la livre, les producteurs ont une opportunité de revenus collective de 40 millions de dollars par année.
Aussi, sachant que les plus « beaux » veaux de boucherie génèrent 9 $ par livre de plus que les moins vigoureux, ça vaut la peine d’en prendre soin. Comment faire ?
La vétérinaire Danielle Fournier-Lévesque a souligné aux éleveurs l’importance du colostrum, d’alimenter avec du lait de qualité, de l’accès à de l’eau potable ainsi que d’un environnement propre pour assurer un bon départ aux veaux.
8. Des veaux avec un bon départ dans un environnement confortable, c’est la clé.
Comme le souligne Jessica Landry, « tout commence par les veaux », et lorsque c’est le cas, la production laitière est au rendez-vous.
La mise en service d’une nouvelle pouponnière tout confort au cours des dernières années n’y est certainement pas étrangère : le gain moyen quotidien est passé de 0,901 à 0,989 kilogrammes (kg), soit une augmentation de 0,119 kg. Selon les données scientifiques, cette amélioration pourrait se traduire par un gain de 179 kg de lait dès la première lactation.
9. On peut aller chercher une paie de plus par année en travaillant sur les ratios et les composantes.
Dans leur conférence, Hugues Ménard et Pier-Olivier Lehoux du CIAQ ont illustré l’impact des ratios et des composantes sur la paie de lait, en se basant sur un troupeau de 110 kilojours, avec une production initiale de 4,55 kg gras et 3,42 kg de protéine par hectolitre de lait (soit un ratio de 2,06). Le revenu net de départ s’élève à 65 226$.
Que se passe-t-il si on travaille à ajuster ces paramètres? En abaissant le gras à 4,25 tout en conservant la protéine à 3,42 kg, la paie atteint déjà 67 489 $, soit près de 25 000 $ sur une base annuelle… mais avec l’ajout d’environ cinq vaches de plus à acheter et à nourrir. Un pensez-y bien.
L’option la plus rentable, vous l’aurez compris, consiste à améliorer à la fois le ratio et les composantes en visant un ratio de 2,2 en faisant augmenter la protéine à 4,05 tout en conservant le gras à 4,55. On obtient alors un revenu de 70 826 $, soit environ 64 560 $ par année de plus. Là, on jase !
Si ces résultats sont plus difficiles à atteindre par l’alimentation ou la régie — des leviers souvent déjà optimisés — la génétique peut jouer un rôle important.
10. Il est possible d’améliorer la génétique d’un troupeau entier plus vite qu’on le croit.
« La génétique va beaucoup plus vite qu’il y a 20 ou 30 ans », selon Hugues Ménard du CIAQ.
Il est aujourd’hui possible d’accélérer significativement l’amélioration génétique d’un troupeau en optimisant l’homogénéité des femelles performantes à la ferme.
Pier-Oliver Lehoux et Hugues Ménard du CIAQ ont d’ailleurs mis en lumière la valeur stratégique du génotypage, qui permet de connaître avec précision le potentiel génétique et d’orienter la sélection vers une génération nettement plus performante. À ce niveau, les taureaux présentent déjà une grande uniformité en raison de la rigueur de leur sélection.
Pour ce faire, un point essentiel a été souligné : déterminer précisément le nombre de sujets de remplacement souhaité. Cela permet d’identifier les vaches à inséminer avec de la semence sexée, en cohérence avec les objectifs de production. Les autres devraient être accouplées avec des races à bœuf afin de maximiser les revenus issus des veaux croisés.
On a également exposé les avantages du génotypage, qui permet de connaître avec précision la composition génétique des animaux. Selon MM. Lehoux et Ménard, il s’agit d’un outil encore sous-utilisé pour atteindre une amélioration significative des performances à la une génération suivante. D’ailleurs, cette approche est déjà bien implantée à la Ferme Landrynoise, où les tests génomiques sont systématiques, la semence sexée couramment utilisée et le recours à la fécondation in vitro fait partie des pratiques en place.
11. La consommation de produits laitiers augmente au Québec.
Les consommateurs sont toujours plus friands de yogourt, de beurre, de fromage. Ces produits, plus riches en composantes, contribuent à une hausse marquée de la demande totale en composantes laitières. À l’inverse, la consommation de lait est en déclin et requiert, en comparaison, moins de composantes.
Au total, la consommation est passée de 3 à plus de 3,5 milliards de litres de lait par année entre 2015 et 2025.
12. La production laitière est en hausse.
On le sait : le nombre de fermes a largement diminué alors que la taille moyenne des fermes en activité a considérablement augmenté. En 2012, 10 % des fermes possédaient100 kilojours ou plus alors que cette proportion atteint aujourd’hui 40 %. Ce qu’on remarque moins, toutefois, c’est que la production laitière est en hausse : ce sont désormais 10 millions de litres de lait sont produits chaque jour.
13. La tendance à la hausse de la consommation de protéines a un impact important sur la demande de produits laitiers.
La tendance vers une consommation accrue de protéines contribue clairement à la demande croissante de produits laitiers. Fait intéressant : à elle seule, la popularité des yogourts riches en protéines – en hausse de 31% – a entraîné une augmentation de la demande équivalente à 1,5 litre de lait par personne au Canada.
À plus long terme, certains facteurs pourraient accentuer cette tendance. Les médicaments de type GLP-1, comme l’Ozempic, qui favorisent une alimentation plus riche en protéines chez les patients, pourraient également soutenir la demande. Bien que ces derniers ne représentent que 3,4 % de la population en ce moment, cette proportion pourrait tripler d’ici trois ans – sans compter les effets collatéraux sur les habitudes alimentaires des familles de ces patients.
14. L’offre de fromages au Québec demeure incroyablement grande et dynamique.
On compte aujourd’hui 1 100 « fromages d’ici » et 58 transformateurs traitant moins d’un million de litres par année, dont plusieurs sont des producteurs-transformateurs. Une excellente nouvelle pour la mise en valeur de notre terroir, de notre savoir-faire… et de nos papilles!
15. La quantité et la qualité du lait sont au rendez-vous.
Sur le plan quantitatif, la production laitière moyenne est passée de 8 133 à 10 336 kg par vache par année entre 2005 et 2024.
Sur le plan qualitatif, les différents leviers mis en place — formations, primes, abaissement du seuil de cellules somatiques (cs) et ajout du critère du point de congélation du lait livré — a contribué à améliorer de manière globale les qualités nutritives du lait.
16. L’empreinte environnementale de la production laitière diminue.
Pour chaque kilogramme de lait produit, l’impact environnemental a diminué de façon notable entre 2011 et 2021 :
- Réduction de 8 % des émissions de gaz à effet de serre;
- Réduction de 33 % de l’utilisation d’eau;
- Réduction de 28 % de l’utilisation des terres.
- Une vache sur deux est maintenant en stabulation libre.
17. Une vache sur deux est maintenant en stabulation libre.
En 2007, 94 % des fermes utilisaient un lactoduc. Dix-huit ans plus tard, environ une ferme sur trois y a encore recours (Figure 2), alors que seulement une vache sur deux est désormais en stabulation entravée. Inexistants en 2007, les robots de traite sont maintenant présents dans 22 % des fermes et on compte aussi une cinquantaine de carrousels au Québec.

18. Les normes de bien-être animal s’alignent avec la demande des consommateurs.
En visant l’absence de faim, de douleur, de stress et de maladie, ainsi que l’expression du comportement naturel des animaux, proAction s’aligne avec les demandes des acheteurs : transformateurs, détaillants et consommateurs. Dans les prochaines années, de nouveaux éléments devraient s’ajouter, notamment en ce qui concerne le mouvement, la mobilité et la boiterie de même que la gestion de la douleur et le pairage des veaux. L’accès à l’extérieur et la séparation du veau et de sa mère seront également des enjeux à surveiller.
19. Les efforts des producteurs sont valorisés auprès des consommateurs.
Le logo de la vache bleue est un outil clé pour communiquer tout ce qui est mis en place à la ferme : la carboneutralité d’ici 2050, le bien-être animal, les produits laitiers d’ici, les normes élevées de qualité du lait ainsi que ses qualités nutritives.
D’ailleurs, étude après étude, la reconnaissance du logo de la vache bleue par les consommateurs ne cesse de se confirmer.
20. Délices à venir
Au moment d’écrire ces lignes, la neige est encore grise… mais on se donne tout de même une 20e raison de célébrer : la saison de la crème glacée approche à grands pas!
Les références ont été omises, mais sont disponibles sur demande (editor@agproud.com).





