C’est à Drummondville, au Québec, qu’avait lieu le 19 mars dernier l’édition 2025 du Rendez-vous laitier AQINAC, cet évènement bâti sur mesure pour les producteurs laitiers. Lors de cette journée, ce sont sept conférences de grande qualité qui ont défilé sous les yeux des participants, portant sur les défis, les innovations et les opportunités qui se dessinent en production laitière. Voici un résumé des pistes concrètes et des réflexions les plus marquantes qui y ont été véhiculées.
Cultiver l’avenir : bienvenue dans l’ère de l’intelligence artificielle (IA)
Valérie Vaillancourt, directrice principale des données et de l’intelligence artificielle, stratégie de marché chez KPMG au Québec, s’y connait profondément en matière d’IA. Parmi toutes les données fort intéressantes qui ont été présentées, l’intelligence générative entre autres façonnée par ChatGPT a été bien expliquée : cet outil permet la création de contenu. En effet, cette solution permet de donner du pouvoir aux ressources non techniques en élaborant des textes à partir de peu d’informations. Elle permet également de stimuler la créativité et d’aller plus loin, plus vite.
Ce qui s’en vient, asseyez-vous bien, c’est l’intelligence agentique. Cette approche comprend plusieurs petits agents qui vont pouvoir se parler entre eux, sans nécessiter d’intervention humaine. En d’autres termes, imaginez qu’un robot de traite ne se contente plus de faire ce qu’on lui dit – il comprend ce qu’on veut, prend des décisions par lui-même et s’organise seul pour y arriver. C’est un peu comme un employé invisible, qui travaille en continu, sans supervision, pour aider à prendre de meilleures décisions.
En agriculture, l’amélioration du bien-être animal, l’automatisation du suivi de la qualité du lait, l’optimisation de l’agriculture durable et l’augmentation de la précision au niveau de la gestion des cultures sont quelques opportunités concrètes possibles avec l’intelligence artificielle, pour ne nommer que celles-là.
Lait et chaos Trumpiste : perspectives et enjeux
C’est en lien avec la guerre tarifaire lancée le 4 mars dernier que Vincent Cloutier, directeur principal des stratégies en agriculture, groupes spécialisés de la Banque Nationale du Canada, s’est fait à la fois réaliste et rassurant. Selon ses chiffres présentés, le Canada est un grand exportateur agroalimentaire. En ce qui concerne le marché des grains : pas de panique au niveau du maïs et un impact limité sur le soya est à prévoir. La guerre tarifaire actuelle qu’ont lancée les États-Unis serait peu menaçante en ce qui concerne la gestion de l’offre au Canada. L’octroi de contingents supplémentaires n’est pas un scénario envisagé pour la révision de l’ACÉUM. Bien que les marchés boursiers s’expriment lourdement dans cette situation économique, il faut garder notre sang-froid, continuer d’avoir confiance et s’unir pour protéger notre marché canadien.
L’aspect business de la production laitière
Recevoir Chris Church, fondateur et coach d’entreprise chez Central Dairy Solutions, a permis de soulever plusieurs questions, notamment les suivantes : « Connaissez-vous bien votre entreprise? » et « Pouvez-vous mieux utiliser vos conseillers? » Il a rapidement tenu à faire une distinction entre les faits de travailler dans l’entreprise ou de travailler sur l’entreprise : faire le travail de bras au quotidien versus se pencher sur la gestion et les stratégies d’expansion. Divers sondages réalisés auprès de producteurs laitiers canadiens ont démontré que les connaissances techniques de la production laitière sont généralement très bonnes alors que les connaissances des coûts et de la rentabilité sont plus faibles. En effet, productivité n’est pas toujours synonyme de rentabilité et il est donc important de connaître les deux.
D’autre part, réunir les différents conseillers en une seule et même équipe permettrait de faire grandement évoluer l’entreprise : vétérinaire, conseiller en alimentation, prêteur, conseiller financier, facilitateur, producteur, gérant de troupeau, famille, etc.; tous doivent travailler de concert pour s’assurer que les performances dans l’étable se reflètent également dans le compte bancaire de l’entreprise. (Vous pouvez lire ses sujets plus en détail dans les éditions de mars et mai 2025).

Image fournie par AQINAC.
Est-ce qu’une longévité maximale des vaches est nécessairement optimale?
Stephen LeBlanc, directeur à The Centre for Dairy Research & Innovation, de l’Université de Guelph, a mis de la lumière sur une question qui revient souvent : « Doit-on maximiser la longévité des vaches ou équilibrer le taux de réforme? » Il est généralement connu et cru que la longévité élevée, qui correspond au pourcentage de vaches en troisième lactation ou plus, est un indicateur d’une bonne gestion à l’égard du confort des vaches et de la santé du troupeau. Est-ce toujours vrai?
Selon LeBlanc, la réforme est une décision économique et une vache devrait être vendue lorsque sa future rentabilité cumulative est inférieure à la rentabilité cumulative d’un sujet de remplacement qui est disponible. La longévité mesure mal la santé ou le bien-être des vaches : une vache en mauvaise santé est moins productive. Lorsqu’une vache a un comptage de cellules somatiques (CCS) élevé, s’il manque de remplacement, la vache sera gardée plus longtemps alors que si les sujets de remplacement sont abondants, des animaux encore sains sont vendus. En somme, le taux de réforme dépend souvent de l’offre de remplacement présente dans le troupeau et on ne devrait pas chercher à augmenter la longévité du troupeau sans maîtriser les maladies en période de transition au vêlage, la mammite, les boiteries et la fertilité.
Comment minimiser le stress et son effet sur les vaches en transition?
Trevor DeVries est professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le comportement et le bien-être des bovins laitiers à l’Université de Guelph et il milite en lien avec l’importance de maintenir une bonne santé en début de lactation pour éviter les problèmes à long terme. La consommation, le comportement des vaches ainsi que leur état de chair durant la période de transition sont critiques pour avoir des vaches en bonne santé après le vêlage. Une baisse de la consommation volontaire de matière sèche avant le vêlage occasionne un environnement ruminal moins stable après le vêlage et peut être causée par le stress, qui augmente les niveaux de cortisol. Les facteurs de stress couramment rencontrés durant la transition sont les changements de rations, les changements de groupes, le surpeuplement et le stress thermique.
Afin d’aider les vaches à diminuer leur niveau de stress, il faut minimiser les changements dans les rations, en incluant les caractéristiques physiques (grosseur des particules et densité), utiliser des additifs alimentaires qui améliorent le métabolisme énergétique et assurer une constance dans la formulation ainsi que la distribution des rations.
En ce qui concerne le stress lors des changements de groupes, il est conseillé de minimiser le nombre de changements de groupes, de séparer les vaches en première lactation du reste du troupeau et, si ce n’est pas possible, de s’assurer d’avoir un espace adéquat pour chaque vache dans le parc. Le surpeuplement augmente le stress chez la vache et il existe des moyens de le diminuer : garder une densité de peuplement en bas de 100 %, offrir 120 pieds carrés par vache pour un enclos sur litière (150 pieds carrés pour le vêlage), s’assurer d’un espace de 30 pouces par vache à la mangeoire et de quatre pouces par vache aux abreuvoirs.
Finalement, minimiser l’impact de l’excès de chaleur est très important et pas seulement chez les vaches en lactation, mais surtout chez les vaches taries. Rafraîchir les vaches, leur offrir des fourrages de haute qualité, distribuer les aliments fréquemment, augmenter la disponibilité de l’eau et repousser suffisamment les aliments sont autant de solutions qui aident à diminuer l’impact du stress chez la vache.
Utiliser intelligemment les éléments qui nous entourent et les mettre à profit
Dominic Drapeau, bon vivant, excellent farceur et président de la ferme Drapeau et Bélanger inc., au Québec, a présenté l’entreprise de 830 vaches en lactation, 1 380 kilogrammes de quota à produire par jour et 5 100 acres de terres en cultures. La famille est très présente et très importante à la ferme et Dominic constitue la quatrième génération à être aux commandes de l’entreprise. L’arrivée du carrousel en 2003 a été un point tournant pour rendre la main-d’œuvre plus efficace et faciliter l’expansion jusqu’à une possibilité de produire 2 000 kilogrammes de quota. L’entreprise utilise différents logiciels et outils de régie de troupeau afin d’assurer un suivi serré des cédules, vaccins, visites préventives, taillages des onglons, choix de taureaux, élevage des veaux et plus encore. La régie de l’élevage est excessivement importante en commençant par la génétique et les choix de taureaux, et se poursuit de façon concrète dans l’étable des veaux.
La collaboration avec les différents intervenants est très précieuse : des réunions trimestrielles sont organisées afin de déterminer les objectifs et des actions rapides sont mises en place en cas de résultats non satisfaisants. Au niveau des cultures, la diversification est prônée afin de diminuer la vulnérabilité de faire face aux faiblesses d’une seule culture. Des outils technologiques sont également utilisés au niveau des champs, notamment le semis à taux variable. Chez les Drapeau et Bélanger, la communication est la clé pour réussir et le travail d’équipe est un incontournable. Avoir du plaisir en travaillant et se permettre une qualité de vie à l’extérieur du travail font partie des objectifs privilégiés par les gestionnaires.
Quand l’audace rend les missions impossibles, possibles!
La ferme Belflamme inc., au Québec, est bien représentée par ses propriétaires Emmanuelle Vincent et Simon Laflamme, qui ont su transmettre avec brio leur passion pour la réalisation de leurs rêves agricoles tout en tentant de trouver un équilibre entre le travail, la famille et le plaisir. C’est en octobre 2015 qu’ils ont déniché une ferme sans relève, possédant 53 kilogrammes de quota à produire au quotidien. Le 1er avril 2016, l’entente était signée et l’aventure du transfert non apparenté débutait entre les cédants et les acheteurs. La situation familiale et la situation professionnelle ont fait en sorte que les acheteurs se sont posés de sérieuses questions pour améliorer leur efficacité de travail et garder un certain équilibre de vie. Pour ce faire, ils ont eu l’audace de changer d’un excellent troupeau Holstein vers un troupeau Jersey et de convertir l’étable attachée vers un système de traite robotisé.
À la ferme Belflamme, comment est-il possible de réussir une mission impossible? Il faut savoir quitter la barque pour atteindre l’île et apprendre à sortir de sa zone de confort! Avec leur première position pour l’indice de performance total (IPT) de Lactanet en 2024 au Canada parmi les troupeaux en robotique, ils savent bien que les seules limites existantes sont celles que l’on s’impose nous-mêmes. Leur mot de la fin : « Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire! »— Walt Disney.
Conclusion
Au fil des sept conférences présentées au Rendez-vous laitier AQINAC 2025, un message clair s’est imposé : la production laitière de demain au Québec sera plus technologique, plus précise et encore plus durable. Que ce soit par l’adoption de nouvelles technologies, par l’amélioration continue des pratiques d’élevage ou par une meilleure utilisation des données, les producteurs auront des outils toujours plus performants pour faire face aux défis présents.
Une chose est certaine : l’innovation est déjà en marche dans nos fermes et ceux qui sauront s’adapter tireront leur épingle du jeu! Merci à tous les conférenciers passionnés pour votre vision inspirante et votre partage d’expertise.







