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Les entreprises laitières investissent des ressources considérables dans l’élevage des animaux de remplacement. Pour maximiser la rentabilité des programmes d’élevage, il faut non seulement s’efforcer de contrôler les dépenses d’élevage, mais également assurer le rendement de l’investissement en évaluant la qualité résultante des animaux de remplacement.
Au début du processus d’élevage, les producteurs sont encouragés à évaluer la génétique, la croissance et la santé leur génisses et à continuer d’investir uniquement sur celles qui ont le meilleur potentiel et les meilleures chances de l’exprimer. Dans le même ordre d’idées, une fois que les taures entrent dans le troupeau en lactation, leur rendement doit être surveillé de près pour s’assurer qu’elles répondent aux attentes.
Dans cette optique, cet article résume quatre indicateurs clés de rendement que la plupart des fermes pourraient utiliser pour évaluer le rendement des taures à partir du premier test de contrôle laitier (Tableau 1). Des valeurs de référence et des considérations connexes lorsque le rendement s’écarte de la cible seront également discutées.

Production relative
Le rendement en lait et en composants pendant la première lactation est un indicateur évident de la qualité des animaux de remplacement. Pour l’évaluer efficacement, l’objectif d’au moins 80 % du rendement des vaches matures (supérieur ou égal à la troisième lactation) a été proposé. L’utilisation de la performance des vaches matures comme référence offre un point de comparaison propre au troupeau qui tient compte du niveau génétique et de gestion de la ferme. Les rendements laitiers sur 305 jours des lactations terminées peuvent être utilisés pour une analyse généralisée, mais les prédictions des premiers tests peuvent également être utiles dans une analyse secondaire pour évaluer régulièrement le rendement des premières lactations au premier test. Ces valeurs sont facilement disponibles dans différents logiciels de gestion de troupeau et dans les rapports Lactanet.
Mais que faire lorsque les premières lactations ne sont pas à la hauteur des attentes? Une évaluation systématique, en commençant par la maturité des taures à leur vêlage, l’évaluation des états de chair pendant la période de transition et même la santé et le rendement en début de vie, aidera à identifier les limites potentielles et à orienter les solutions. En ce qui concerne la maturité, les taures doivent atteindre entre 82 % et 85 % de leur poids adulte au premier vêlage. Une analyse de la maturité des taures dans les troupeaux canadiens a révélé que seulement 20 % des troupeaux atteignaient la plage de maturité cible au vêlage, tandis que dans 38 % des troupeaux les taures n’atteignaient pas la maturité au vêlage. La maturité des taures est souvent associée à l’âge au premier vêlage, mais la surveillance du poids réel fournit une base plus objective pour ajuster les pratiques d’élevage et assurer un bon développement au vêlage.
Pendant la période de transition, les besoins des primipares sont très différents de ceux des vaches matures. Comparées aux vaches plus âgées, les taures autour du vêlage ont des besoins plus élevés en nutriments, une consommation d’aliments plus faible et sont plus sensibles au stress lorsqu’elles sont regroupées et exposées à la traite. Pour mieux répondre à leurs besoins, les taures devraient recevoir une ration adaptée et être idéalement gardées avec d’autres taures pendant cette période. Cependant, cette pratique est difficile à mettre en œuvre dans la plupart des fermes au Canada. Si la transition des taures à la première lactation n’est pas optimale, voici quelques stratégies à considérer : revoir la ration avant le vêlage, s’assurer que la nourriture soit toujours disponible, éviter le surpeuplement, optimiser le regroupement, entraîner les taures à la routine de traite et assurer une manipulation calme.
Enfin, des conditions défavorables au début de vie, et même en fin de gestation (avant la naissance), peuvent entraîner une croissance sous-optimale et des maladies, ce qui nuit à la productivité et à la longévité des animaux. Une bonne tenue de registres et des données facilement accessibles sont essentielles pour suivre les indicateurs pertinents d’un lot particulier de génisses et pour surveiller régulièrement les jeunes veaux.
Prévalence de l’acétonémie subclinique
L’acétonémie subclinique est un indicateur de déséquilibre métabolique chez les vaches en transition, caractérisée par une augmentation des corps cétoniques mesurés dans le sang, l’urine ou le lait. Bien qu’il ne s’agisse peut-être pas d’une condition nocive en soi, elle a été associée à une baisse de la production laitière, à des problèmes de reproduction, et à un risque accru de maladie et de réforme prématurée.
L’impact économique associé à l’acétonémie subclinique a été estimé à plus de 500 $ par cas pour les vaches de première lactation. Au niveau du troupeau, un objectif atteignable est de maintenir la prévalence de l’acétonémie subclinique en dessous de 15 %. D’après la prévalence médiane obtenue en analysant des échantillons de lait de contrôle laitier en début de lactation, une cible plus précise pour les vaches primipares devrait être inférieure à 5 % de prévalence. Les troupeaux qui dépassent ces seuils pourraient tenir compte des points mentionnés ci-dessus pour revoir la nutrition et la gestion pendant la période de transition.
Comptage de cellules somatiques (CCS)
Intuitivement, la santé du pis et la qualité du lait ne sont peut-être pas les premières choses qui viennent à l’esprit lorsqu’on évalue la qualité des animaux de remplacement. Cependant, la mammite subclinique n’est pas rare chez les taures fraîches vêlées et en début de lactation. Surveiller le comptage des cellules somatiques (CCS) en début de lactation est un moyen utile d’assurer que les taures entrent en lactation en bonne santé et de détecter rapidement les problèmes liés à l’élevage ou à la transition. L’analyse des données des troupeaux commerciaux montre une association entre un CCS élevé (plus que 200 000 cellules somatiques/millilitre de lait) au premier contrôle et une baisse de la production laitière, un risque accru de mammite clinique, de réforme et des problèmes de reproduction.
La valeur cible actuellement utilisée par l’industrie est d’avoir moins de 10 % des premières lactations avec un CCS de plus de 200 000 ou avec un pointage linéaire (PL) de plus de 4,0. Selon les données de 2023, les troupeaux canadiens au contrôle laitier atteignent cette cible. Dans les troupeaux les plus performants, moins de 4 % des génisses ont un CCS élevé à leur premier test. Cependant, 25 % des troupeaux ont encore plus de 15 % de leurs taures avec un CCS élevé. Il est donc important de continuer à prévenir la mammite subclinique chez les premières lactations pour améliorer la santé du pis. Si plus de 10 % des premières lactations ont un CCS élevé au premier test, il est recommandé de revoir le logement, l’hygiène et les pratiques de gestion pour identifier des pistes d’amélioration.
Taux de réforme précoce (0 à 60 jours en lait)
La réforme précoce est généralement un résultat indésirable, en particulier pour les vaches dans leurs deux premières lactations, qui n’ont généralement pas encore remboursé leur coût d’élevage ou généré de profit pour la ferme. D’après les données des troupeaux canadiens, un objectif réaliste devrait être de réformer moins de 5 % des vaches au cours des 60 premiers jours de lactation. Comme c’est le cas pour la réforme en général, une analyse approfondie des causes de réforme précoce devrait guider les interventions appropriées. Bien que le remplacement des premières lactations à faible production en début de lactation puisse être justifié sur le plan économique dans certaines circonstances, des efforts devraient être déployés pour assurer un inventaire adéquat de génisses et taures de haute qualité afin de réduire la présence de premières lactations peu performantes.
Bien que d’autres indicateurs puissent être utilisés pour évaluer la qualité des vaches en début de première lactation, ceux dont il est question ici offrent une base solide. Pour les fermes qui n’ont pas encore de système de surveillance de la santé et du rendement des animaux de remplacement, il est recommandé de commencer par suivre les paramètres facilement et fréquemment accessibles, puis de construire un système qui répond à leurs besoins. Au fur et à mesure de sa mise en place, il est essentiel de faire participer le personnel de la ferme ainsi que les fournisseurs de services et intervenants concernés pour assurer l’harmonisation et la conformité. L’identification des domaines à améliorer dans le programme d’élevage est une première étape essentielle, mais des améliorations durables de la qualité des animaux de remplacement nécessitent un effort soutenu et participatif.
Rodrigo Molano et Elouise Molgat, équipe innovation et développement chez Lactanet.
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