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Devries trevor
Professor / University of Guelph
Trevor DeVries is a professor and Canada Research Chair in the department of animal biosciences a...

L’adoption des systèmes de traite robotisé dans l’industrie laitière canadienne continue sur sa lancée. Avec ce type de système, nous constatons également un changement dans la gestion nutritionnelle, la ration étant divisée entre une ration partiellement mélangée (RPM) et un supplément nutritionnel (souvent sous forme cubée) distribué par le robot.

Les aliments servis par le système de traite robotisé ont comme principal objectif d’inciter les vaches à s’y rendre. Toutefois, il est également possible de varier la quantité et la composition de ces aliments afin de répondre aux besoins nutritionnels individuels des vaches.

Il existe de grandes variations quant à la façon dont la gestion nutritionnelle est effectuée dans les fermes dotées de robots de traite. Dans le cadre d’une vaste étude comparative réalisée récemment auprès d’entreprises agricoles équipées de robots de traite à travers le Canada (n = 160), nous avons cherché à quantifier cette variation. Notre méthodologie comprenait la description des rations administrées et l’identification de relations entre les pratiques nutritionnelles et les indicateurs de production de ces exploitations. 

Notre étude comportait des fermes de l’Ouest canadien (n = 54), de l’Ontario (n = 76), du Québec (n = 22) et des provinces maritimes (n = 8). Compte tenu de cette répartition et du fait que les conditions de croissance et les aliments disponibles varient d’une région à l’autre, nous avons observé une grande variabilité dans la composition des rations distribuées. Soixante pour cent des entreprises étudiées utilisaient l’ensilage de maïs comme principale source de fourrage dans leur RPM. Divers types d’ensilage représentaient la deuxième source principale de fourrage. Dans l’Ouest, le deuxième type de fourrage le plus utilisé était l’ensilage d’orge, commun dans les provinces des Prairies. Le maïs était le principal concentré énergétique utilisé dans la RPM. Quatorze pour cent des exploitations utilisaient l’orge comme principale source de concentré, mais parmi celles-ci, 91 % se trouvaient dans l’Ouest. 

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Certaines similitudes ont été observées dans les pratiques alimentaires des fermes dotées de systèmes de traite robotisés. La majorité (77 %) des fermes du pays servaient des concentrés granulés au robot, tandis que les autres servaient un mélange d’aliments texturés. Cela est probablement lié au fait que les aliments granulés sont plus faciles à manipuler, sont moins sensibles aux pertes et sont consommés plus rapidement que les autres formes de concentrés. 

Au sein de la population étudiée, près de la moitié (45 %) des fermes utilisaient du blé (principalement du gru rouge) comme ingrédient principal dans les concentrés servis au robot. Le maïs était le deuxième ingrédient le plus couramment utilisé au robot, tandis que l’orge occupait la troisième place (là encore, presque exclusivement dans l’Ouest).

En ce qui concerne la source principale de protéines dans les concentrés servis au robot, la farine de soya était la plus utilisée, suivie de celle de canola et des drêches de distillerie séchées. Ces utilisations sont probablement influencées par la disponibilité régionale, car la plupart des exploitations agricoles utilisant la farine de canola étaient situées dans l’Ouest. 

D’après les régimes alimentaires formulés, les fermes des provinces de l’Atlantique et de l’Ontario présentaient la plus grande consommation de matière sèche (CMS) dans la RPM (respectivement 22,8 et 21,5 kilogrammes (kg) de MS par jour) et la plus faible quantité de concentrés servis au robot (respectivement 4,1 et 3,9 kg de MS par jour). À l’inverse, les fermes des provinces de l’Ouest et du Québec présentaient une CMS dans la RPM plus faible (respectivement 20,5 et 20,6 kg par jour) et une CMS au robot plus élevée (respectivement 4,8 et 4,7 kg de MS par jour). Aucune différence régionale n’a été observée pour la CMS totale formulée (en moyenne 25,4 kg de MS par jour). Il est intéressant de noter que, toutes régions confondues, la consommation moyenne prévue de concentrés au robot, calculée à partir des rations formulées, était de 4,3 kg de MS par jour. Ce chiffre est légèrement inférieur à celui obtenu dans certaines études observationnelles antérieures, menées dans des exploitations équipées des robots de traite en Amérique du Nord.

La fréquence moyenne de traite dans les fermes canadiennes participant à notre étude était de 2,8 traites par jour, tandis que la durée moyenne d’une traite était de 7,1 minutes. Si l’on fait le calcul, cela signifie que la consommation moyenne de concentrés au robot serait d’environ 216 grammes de MS par minute. Cela correspond bien aux valeurs publiées, qui suggèrent qu’une vache laitière moyenne peut consommer entre 200 et 300 grammes de concentrés par minute, avec des taux de consommation plus élevés possibles (p. ex. pour les vaches hautes productrices).

Dans notre étude, la production moyenne par troupeau était de 37 kg par jour. Les troupeaux Holstein (87,5 % des exploitations) produisaient en moyenne 38 kilogrammes par jour, tandis que les troupeaux non Holstein (12,5 % des exploitations) produisaient en moyenne 31 kg par jour. Il est intéressant de noter que, pour les troupeaux Holstein, ce niveau de production moyen est supérieur à la moyenne canadienne, tous systèmes de traite confondus, ainsi qu’à d’autres études comparatives récentes portant sur des entreprises nord-américaines équipées de robots de traite.

Compte tenu de la grande variation dans la composition alimentaire et dans la composition nutritionnelle des rations administrées dans toutes ces fermes à travers le Canada, il n’est pas surprenant que nous n’ayons détecté que des relations limitées entre les facteurs alimentaires et la production laitière. Plus précisément, nous avons constaté que les fermes qui utilisaient l’ensilage de maïs ou d’orge comme principale source de fourrage avaient un rendement laitier supérieur à celui des exploitations qui utilisaient l’ensilage de foin comme principale source de fourrage. Cela peut être lié à des différences dans la qualité du fourrage (y compris la digestibilité) et la densité énergétique. Cependant, les fourrages primaires étaient également confondus avec la région (comme décrit ci-dessus). Nous n’avons donc pas pu conclure si ces différences de production étaient liées aux types de fourrages eux-mêmes ou à d’autres différences régionales non prises en compte.

Le seul nutriment associé à la production laitière était la quantité de matière grasse dans la RPM. Il existe de nombreux exemples de recherches montrant que la supplémentation en matières grasses peut avoir des effets positifs sur la production laitière. Il faut toutefois noter que l’effet de la supplémentation en matières grasses sur la production laitière dépend de la source, du profil en acides gras et du régime alimentaire de base. Dans notre étude, la majorité des exploitations (61 %) servaient des suppléments à base d’huile de palme, augmentant la teneur en matières grasses de la RPM. L’impact positif connu de l’huile de palme sur la production pourrait expliquer cette différence. Malheureusement, une des limites de notre étude est notre incapacité à déterminer la concentration en acides gras dans les rations des différentes exploitations. En effet, chaque entreprise utilise différents produits, avec des profils en acides gras variables, et ces données n’ont pas été recueillies.

Nous avons également étudié comment la variation alimentaire dans ces fermes était liée à la fréquence moyenne de traite. Une fois encore, peu de relations ont été détectées, ce qui reflète la grande diversité des stratégies nutritionnelles à travers le pays. Un des constats était qu’une teneur plus élevée en glucides non fibreux (GNF) dans la RPM était associée à un nombre moins élevé de traites par jour. Dans certaines circonstances, il est possible qu’une teneur plus élevée en GNF dans la RPM, fournissant plus d’énergie, puisse réduire la motivation des vaches à se rendre au robot pour y consommer les concentrés. Nous supposons que c’est particulièrement vrai dans notre population étudiée, car la grande majorité (90 %) des exploitations disposent d’étables à circulation libre vers les robots, contre seulement 10 % qui disposent d’étables à circulation guidée. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour comprendre ces effets, il semble qu’une différence de densité énergétique entre la RPM et les concentrés servis au robot contribue à favoriser les traites volontaires, en particulier dans les étables à circulation libre. 

Il est également intéressant de noter que dans notre population étudiée, une plus grande proportion de fourrage dans la ration totale était associée à un nombre moyen de traites par jour moins élevé. Les raisons de cette relation ne sont pas claires. Il est possible qu’avec une teneur élevée en fourrage, l’apport énergétique total soit limité, ce qui pourrait entraîner une baisse de la production et, par conséquent, une diminution du nombre de traites. Cet argument ne serait valable que dans des situations où la qualité du fourrage est également insuffisante. Malheureusement, comme nous n’avons pas été en mesure de recueillir des informations sur la qualité du fourrage dans le cadre de cette étude, nous ne pouvons pas tirer de conclusions à ce sujet.

Il est intéressant de noter que certains des autres facteurs non alimentaires que nous avons enregistrés dans ces exploitations ont eu des répercussions importantes sur la fréquence de traite. Par exemple, les étables à circulation libre ont enregistré en moyenne 0,6 traite supplémentaire par jour par rapport aux étables à circulation guidée. Il convient de noter que les paramètres liés à l’autorisation de traite n’ont pas pu être enregistrés, ce qui constitue une autre limite de notre étude. Ces paramètres permettent de gérer l’accès des vaches aux robots de traite et auraient donc une incidence sur les fréquences de traite observées, indépendamment du trafic.

Nous avons également remarqué qu’un repoussage plus fréquent des aliments était associé à une fréquence de traite plus élevée. Dans des travaux antérieurs, nous avons démontré que dans les systèmes robotisés, les traites volontaires sont associées à des périodes d’activité alimentaire chez les vaches, et qu’une disponibilité accrue de la ration, obtenue par un repoussage plus fréquent, permet aux vaches d’optimiser leur temps d’alimentation, ce qui leur permet également d’optimiser leur temps de repos (couché).

Dans les fermes participant à notre étude, chaque augmentation de 0,1 du nombre moyen de traites réussies par jour était associée à une augmentation de 0,34 kg par jour de la production laitière moyenne du troupeau. Ainsi, il est important de comprendre les facteurs associés à la traite volontaire, et donc à la fréquence globale de traite, afin de favoriser une production élevée dans les exploitations dotées de systèmes de traite automatisés.

Dans l’ensemble, les résultats de notre étude d’analyse comparative des stratégies nutritionnelles utilisées dans les fermes laitières canadiennes équipées de robots de traite aident à comprendre comment la variabilité de l’alimentation et la gestion peuvent être associées à la production laitière et au comportement de traite. Ces informations peuvent ensuite être utilisées pour améliorer la formulation des rations, ainsi que la gestion des troupeaux.